Agift to the Library ofthe Uiiiversity of Califoniia,
Los Angeles, from Elmer Belt, M.D., 1 961
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THÉORIE
DE LA
FIGURE HUMAINE.
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I*ei: Jvelzn^- Scii^-
THÉORIE
DE LA FIGURE HUMAINE^
CONSIDÉRÉE DANS SES PRINCIPES ,
SOIT EN R E P O S OU EN MOUVEMENT.
Ouvrage traduit du latin de PIERRE-PAUL RUBENS , avec
XLIV Planches gravées par Pierre Aveline y d'après les
dcffeins de ce célèbre Artifte.
Qu(Z com"ofttio memb'orupi. qua conforma' io Uneamentorum , quœ fipira , quafpecies , humanâ
potcfl ejfe pulchrior ? Omnium animant ium forman vincit hominis figura. Cicero , de
naturâ Deorum , lib. I.
A PARIS, RUE DAUPHINE,
Chez CHARLES -ANTOINE JOMBERT, Père, Libraire
de l'Artillerie & du Génie.
AI. DCC. LXXIII.
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU B 1.
aam
AVERTISSEMENT
DU LIBRAIRE.
L
I A traduftlon de cet ouvrage de Rubens fur les pro-
portions de la figure humaine , que je prëfente au Public,
doit (bn exiftence à l'achat que j'ai fait à la vente du
fieur Huquicr , vers la fin de l'année dernière, des plan-
ches de cuivre gravées d'après les deiTeins tracés de la
main de Rubens pour l'intelligence de fon manufcrit.
Aux épreuves de ces planches étoit jointe une copie
du difcours en latin , avec fa traduûion en françois ;
mais elle étoit fi mal faite, û pleine de contre-fens, &
fi peu conforme à l'original, qu'il m'a fallu y renoncer,
& me déterminer à en faire moi-même une nouvelle
traduftion d'après le texte de Rubens.
On fera peut-être étonné que cet ouvrage qui a fait
tant de bruit parmi les amateurs , & qui étoit attendu
depuis long-tems par les artiftes avec une efpece d'im-
patience, réponde fi peu à la haute idée que l'on en
avoit conçue , & à la grande réputation de fon Auteur,
qui étoit favant & très-verfé dans les lettres , & qui
poflédoit fupérieurement le talent de la peinture. Mais
on doit faire attention que ce manufcrit n'a jamais été
compofé par Rubens dans l'intention de lui faire voir
le jour; c'étoit feulement un répertoire dans lequel il
/
vj AVERTISSEMENT
couchoit par écrit, pour fa propre InftrutHon, les pré-
ceptes & les connoiffances qu'il puifoit , Ibit dans la
nature, foit dans les difFérens Auteurs dont il faifoit la
le£l:ure , pour orner fa mémoire de ce qu'il y trouvoir
de plus remarquable.
Cependant, comme tout ce qui vient d'un grand
artifle doit être précieux pour ceux qui Tuivent la
même carrière , je me fuis déterminé à faire part au
Public de ces fragmens des études de Rubens , tels
que je les ai trouvés dansfon manufcrit. J'en ai feule-
ment retranché deux chapitres de principes cabaliili-
ques ; l'un fur les propriétés des nombres appliqués aux
opérations de la chymie; l'autre fur la formation pri-
mitive de l'homme créé d'abord hermaphrodite, puis
divifé en deux fexcs ; fur le mariage du foleil avec la
lune ; & autres rêveries tirées de la philofophie hermé-
tique, qui m'ont paru inintelligibles & fans fuite , &
qui font d'ailleurs auiïï étrangères au fujet principal ,
qu'inutiles & abfurdes.
Au refte , Rubens n'efl: pas le feul grand artifte qui
fe foit avifé d'allier les principes du dcffein avec les
myileres de la chymie & les rêveries de l'aflrologie
judiciaire. Le fubtil Cardan , Albert Durer, & Jean-
Paul Lomazze , qui ont écrit fur les proportions de la
figure humaine, ainfi que Vincent Scamozzi, & Julie
Aurele Meyflbnier, dans leur idée d'une architefture
univcrlelle , Tout tombés dans les mêmes écarts, & le
font pareillement égarés dans le labyrinthe oblcur des
termes de la chymie & de la philofophie fpagyrique
mêlés avec ceux du deflein. Nous n'en donneronspour
preuve que les trois extraits iuivans du Traité des Pro-
portions de Jean-Paul Lomazze , traduit de l'Italien
par Hilaire Pader, Peintre Tolofain , in-folio imprimé
à Touloufe en 1 649.
« Ces grandes proportions harmoniques que Lo-
» mazze fait trouver dans le corps humain par les
» nombres & les tons de la mufique , témoignent la
» parfaite fymmétrie de ce petit monde ;c'efi: pourquoi
■» l'homme eft dit le plus partait œuvre de la nature ,
■» l'image du Créateur, & le Roi des animaux, qui
» contient dedans foi les quatre élémens. De forte que
» non-leulement la mufique y trouve la divifion de
» fes tons , la géométrie fes points, lignes , & figures,
» mais de furcroît l'afirologie y trouve fes aftres , la
» philofophie fa matière & fa forme , & la chymie la
» différence de fes vaiffeaux ^ fourneaux. Et ne t'é-
» tonnes pas fi je mêle ici la chymie, car je t'aflure
» que fi tu n'efl fpagyrique, tu ne deviendras pas ex-
» cellent Peintre >). Difcours de Pader , a la fin du cha-
pitre VI ,page zz du livre cité ci- de (Jus.
<i De plus, les navires , barques , galères, & fem-
» blables, font tirés du corps humain , à l'exemple de
■< — — — ■
vilj AVERTISSEMENT
» l'arche de Noé : parce qu'il eft dit que Dieu même
» enfeigna de fabriquer l'arche à Noé, comme celui
» qui avoit fagement bâti la machine du monde , toutes
» les perfections de laquelle il avoit ëpiloguées au plus
» haut degré en l'homme , d'où l'un eft dit grand &
» l'autre petit monde. C'eft pourquoi ceux qui ont
» mefuré ce petit monde, ont divifé le corps en fix
» pieds, & le pied en dix degrés, & le degré en cinq
» minutes, qui firent le nombre de foixante degrés, ou
» de trois cent minutes , auxquelles ils parangonnerent
» autant de coudées géométriques , par lefquelles l'ar-
» che de Noé fut décrite par Moyfe. Car comme le
» corps humain a trois cent minutes de long , cin-
» quante de large , & trente de haut, ainfi l'arche fut
» de trois cent coudées de long , cinquante de large ,
» & trente de hauteur ». J.P. Loma-^:^e , de la propor-
tion , chap. XXX 3 page 8 5 , même édition,
<( La règle des proportions a été obfervée par les
» plus excellens & illuflres Peintres qui ont été la
» fplendeur & la lumière de notre îcms, & ont enfuivi
» & emporté l'excellence des proportions des fept
» gouverneurs du monde , entre lefquels le premier, |
» fans exception , a été Michel Ange Buonarotte; &
» après lui , le prix de former les corps vénériens, c'eft-
» à-dire par la proportion de Vénus , fut donné au
» grand Peintre Raphaël Sancio d'Urbin : des folaires ,
DU LIBRAIRE. ix
; — ; ; If
"» à Léonard de \^inci , Florentin : des Martiale , à Poli- \
j » dore de Caravagge : des Mercurials , à André Man-
» teigne , Mantouan : des lunaires, à Titlan Veccelli ,
» de Cadore : & en dernier heu des jovials , à Gaudens
k] »> Ferrare de Vaidufie , Milanois». Ibid. chap. XXXI,
page. 88.
On ne peut mieux terminer cet AvertifTement que
par l'extrait fuivant de la Préface mile à la tête de
récole d'Uranie , par M. de Querlon , Auteur très-
eftimé & très-connu par les excellcns ouvrages pério-
diques dont il enrichit depuis long-tems la république
des lettres : cet extrait prouve évidemment que l'ou-
vrage que l'on donne aujourd'hui au Pubhc eil connu
î & defiré depuis long-tems par les amateurs & les ar-
tiiles , comme on l'a remarqué ci-devant.
« Rubens, génie fi poétique, & déplus élevé d'0//o
» Vœnius y qui avoit tant de goût pour la poéfie , a
» laiflé un monument des études qu'il avoit faites d'a-
» près les poètes, dans un recueil où font delîinées la
» plupart des aûions de l'homme, conformément aux
» defcriptions qu'en ont faites les anciens Auteurs. Il
» contient une fuite de morceaux extraits principale-
» ment de Virgile , & qui font comme autant de ta-
» bleaux de combats, de naufrages, de jeux, & de
» pompes: ce qu'il avoit ramafle tant pour fon ufage ,
» que pour comparer aux peintures de Raphaèl & des
X AVERTISSEMENT
» autres maîtres qui avoient traité les mêmes fujets.
w II feroit à fouhaiter que ce répertoire fût entre les
» mains de tous les Peintres; mais il vaudroit encore
» mieux que chacun, félon fon genre & fon goût, pût
» fe former foi-même une pareille poétique. Rubens
)> avoit fi bien compris le befoin que la plus riche ima-
>> gination a d'être nourrie par la leûure , que même ,
» en peignant, il fe faifoit lire ou des morceaux choifis
» d'hiftoire , ou quelques poéfies.
» Léonard de Vinci , long-tems avant Rubens ,
» avoit fait des extraits à peu près femblables, où il
» puifoit idées poétiques, fujets de compofition , ca-
» ra6î:eres , & tous les traits d'érudition qu'il faifoit
» paiTer dans fes tableaux». Préface de l'Ecole d'Uranie,
page XV j &fulv.
Au refte , on prie le Leâ:eur d'obferver que ce n'eft
point ici un Traité élémentaire fur le dcffein , dans
lequel on fe foit propofé de développer tous les prin-
cipes de cet art , mais que ce font des réflexions par-
ticulières de Rubens fur les difTérens carafteres du
corps de l'homme & de la femme , occafîonnées par la
leâ:ure de Virgile , de Pline , & de quelques autres Au-
teurs anciens. Pour le dédommager de ce qui manque
à cet ouvrage , on donne dans un fécond volume ,
qui fert de fupplément à celui-ci , les principes du
deffein apphqués à la pratique , fuivis d'une grande
■ai
na
DU LIBRAIRE.
xj
quantité d'exemples de toutes les parties du corps hu-
main , de diverfes figures d'Académies, & de beau-
coup d'autres eflampes d'après les meilleurs maitres de
notre Ecole Françoife moderne. Ces deux volumes
paroitront en même tems , & fe vendront enfemble
ou féparément , pour la commodité des Amateurs.
TABLE
DES CHAPITRES ET ARTICLES.
V_>« HAPITRE PREMIER. Des élcmcns de la figure
humaine. Page i
Des trois efpeces d hommes forts & rohufies. 3
Du cercle & du globe. 6
Du triangle & de la pyramide. 7
Chap. il De la compofition de la figure humaine. 9
Du rapport de la tète de ï homme avec celle de quelques
animaux. i o
Explication de la planche I. ibid.
Chap. III. De la figure humaine ccnfidcrée dansfon repos, i i
Des différentes fiatues antiques. 1 3
De la pondération. 16
Chap. IV. De la figure humaine confidérée dansfes mou-
vemens. 1 8
^application des principes du mouvement à des exemples. 1 9
Des figures qui portent quelque chofie. ii
Des Athlètes. 24
Chap. V. Des différentes efpeces de fiatues des anciens. i8
Divers extraits de l'hifloire naturelle de Pline , fur les
fiatues des anciens. 3 5
De la manière dont les anciens repréfentoient leurs Divi-
nités. 4 1
Des colofjes les plus célèbres. 43
Chap. VI. Des fiatues d'enfans. 47
Chap. VII. Des proportions de la femme. 49
De la perfeclion des diverfes parties du corps de la
femme. 5 °
jm
THEORIE
THÉORIE
DE LA FIG URE HUMAINE.
CHAPITRE PR E M I E R.
Des élcmens de la figure humaine.
N peut réduire les élëmens ou principes de
la figure humaine , au cube , au cercle, &
au triangle.
Pour former un cube, il faut commencer
par décrire un quarrc , lequel étant lui-
même compofé de quatre parties, qÙ. néceflaircment
engendré d'un nombre ; car un eft un , & demeure tou-
jours un tant qu'il eil: feul : il peut alors être confidéré
comme un point. Deux , ou le nombre binaire, le plus
petit des nombres qui expriment pluficurs unités , eft
THEORIE
rélément de la ligne. La li^ne multipliée produit une
fuperficie : la plus fimple de ces figures efl le triangle ,
procédant du nombre ternaire. Il eft compofé de trois
lignes droites , qui fe joignent par leurs extrémités. Le
quarré vient eni'uite : il a pour élémens quatre lignes
droites également éloignées l'une de l'autre dans tous
leurs points , & qui fe touchent par les extrémités. De
cet affemblage naît le re£langle folide , appelle Tubilance
ou matière. Car ayant pofé quatre points également
diflans l'un de l'autre , (i on les joint l'un à l'autre par
des lignes droites, ils produifent la bafe du cube qui en
fupporte toutes les parties & les côtés difpofés à égale
hauteur, par le moyen de quatre lignes élev^ées perpen-
diculairement fur les angles de cette baie. Or, le cube
a fix côtés égaux : un fur lequel il fe foutient : un autre
côté en-deflus oppofé à la baie : & quatre autres qui for-
ment Ton contour : tel eft un dé à jouer.
Ce cube ou quarré parfait eft l'élément primitif (i)
de tous les corps forts & vigoureux, tels que les Héros,
les Athlètes, & de tout ce qui doit exprimer de la fim-
plicité , de la pefanteur , de la fermeté , & de la force ;
car le cube a une bafe fur laquelle il peut fe foutenir
lans aucun fecours étranger , & il conierve un empire
univerfcl fur le corps humain , fur-tout dans le genre
malculin. Dans la femme , au contraire, la force de fes
angles eft afîbiblie & diminuée en forme de fphere.
(i) Ex cubo , Jive figura ab omni latere quadratd , Jit omne. mafculum , aut
vhiU^ Çf quidquid grave, forte ,TobuJ}um j compacium , & athleùcum cfl : & quid-
qitid fornsA quadrati detraxeris , auiplltudini quoque peribit. Quintil. Lib. I ,
cap, X.
isKTtems9tmMixiit
I
DE LA FIGURE HUMAINE. 3
Des trois efpeces d'hommes forts & robufies.
Nous voyons, parles ftatues antiques, que les Grecs
dlftinguoient trois fortes de corps forts & vigoureux.
Nous avons un exemple de la première efpece dans la
ilatue d'Hercule , ouvrage parfait dans tous fes points ,
iSc qui caratlérife la plus grande force. Glycon , Athé-
nien , c([ l'auteur de ce chef-d'œuvre de fculpture qui fe
voit à Rome dans la cour du palais Farnefe. Comme la
force de ce demi-dieu devoit furpaiîer tout ce qu'on
peut imaginer de plus fort, le Sculpteur a employé
clans cette figure furnaturelle ce qui defigne le plus ce ca-
raftere dans le lion, le taureau, & même le cheval. C'eft
ce qu'on apperçoit clairement dans les cheveux d'Her-
cule, qui ont une reflemblance parfaite avec la crinière
du lion ou du taureau : il en eil de même de prefque
toute fa tête qui tient du taureau : le front a quelque
chofe du taureau & du lion : le chignon du col & fon
emmanchement fur les épaules font charnues & pleins
de mufcles comme ceux du taureau. V oye-^ les planches I,
iijn,&iv,& fur-tout la pi. y.
On voit encore à Rome , parmi les antiques , une
autre ftatue d'Hercule d'une taille plus élégante , &
moins épaiffe. Sa poitrine eft plus élevée , les épaules
l'ont plus larges, (es bras font plus alongés, fes mains
plus grandes ; les mufcles du ventre plus fermes àc plus
relîerrés; la hanche cft faillante ; fes cuifles font d'une
belle épaiifeur & d'une forme irrépréhenfible, allant en
diminuant jufqu'au bout du pied ; le talon un peu grand.
To'ites les extrémités des membres de cotte figure
Aij
»^.
.
4 THÉORIE
deviennent plus petites à melure qu'elles s'éloignent du
tronc , à l'imitation d'une pyramide qui eft l'élément
primitif des extrémités du corps humain.
Dans cette même figure les mufcles font traités avec
beaucoup d'art & d'élégance ; femblables à de petites
monticules qui s'élèvent au milieu d'une vallée par leur
ampleur & leur faillie, ils font voir la force du corps le
plus vigoureux jointe à la beauté des formes & à l'obfer-
vation exaûe des règles prefcrites parles maîtres de l'art
les plus expérimentés.
Les Ethiopiens, les Africains, &: les Turcs tiennent en
quelque manière des proportions de cette llatue : non
qu'ils aient la même force , mais leurs membres font à
peu près femblables à ceux de cet Hercule. Ils ont, par
exemple, la tête ronde, les cheveux crépus comme les
poils du taureau , le col court & plein de mufcles , les
épaules larges, &c. Voye^ les planches V & VI.
Dans la féconde eipece de corps robuftes , les muf-
cles ne font pas (i apparens , mais la figure efl: plus char-
nue ; enforte que les membres y paroiiTent prefque auflî
grands, les nerfs étant par-tout couverts de chair. L'an-
tiquité nous en offre un exemple parfait dans la figure
du Nil , & dans celle de l'Empereur Commode repré-
fenté fous la figure d'Hercule ; mais fur-tout dans le
Nil, Ces deux magnifiques ftatues fe voient à Rome ,
dans les jardins du Vatican.
La troifieme efpece de corps vigoureux eft plusfeche ,
les os en font plus grands , la tête plus longue; les bras,
les cuifTes, & les jambes font plus étendus ; le ventre eft
plus plat & plus relTerré ; & la chair eft tellement ten-
DE LA FIGURE HUMAINE. 5
due par-tout le corps que les nerFs paroiflent , & que ,
lemblables à des cordes, on les apperçolt de côté &
d'autre fous la peau. Il ne faudrolt pas cependant que
cela fut porté à l'excès, ni que cela choquât l'élégance
qu'il eft difficile d'y obferver , à caufe des proportions
régulières qu'on eft obligé de fuivre exaélement : car
pour peu qu'on les néglige, on tombe bientôt dans la
difformité.
Nous avons un très-beau modèle de cette forme élé-
gante , à Rome, dans la ville Borghèfe : c'eft la ftatue
du Gladiateur, qui tout à la fois porte le coup à fon
adverfaire & qui lait fe garantir de celui qui le menace.
Cette figure eft de Théophane , d'Ephefe : elle eft très-
belle à voir de tous les côtés.
De ces trois efpeces différentes de proportions , on
en peut former une nifinité d'autres dont on voit de
toutes parts des exemples antiques à Rome, dans les pa-
lais, les maifons des particuliers, les fauxbourgs , les
vignes , les jardins , &c.
Il y a une autre forte de figure qui ne paroît pas û
convenable que celle d'Hercule pour les travaux qui de-
mandent de la force, fans cependant avoir le défaut de
paroitre foibîe ; mais qui tient le milieu entre ces deux
carafteres. On ne peut fe former aucune idée de la
beauté & de la perfetlion de cette nature particulière
d'après la figure humaine; les Peintres & les Sculpteurs
ont , pour ainfi dire , créé ce genre de beauté fur les
principes mêmes de leur art : c'eft le caraftere que les
.inclens Payens donnoient à leur Jupiter, ÔC que nos
Artlftes modernes ont donné à Jcfus-Chrift. Quoique
JKmmmmmm^KmmitimmaaaBmmÊÊmmmmamÊammammÊmtKummmmmÊÊmam
THEORIE
ces figures puifient paroitre parfaites dans toutes leurs
parties , elles font cependant tellement difpofées dans
leur proportion, qu'on n'y reconnoit rien qui leur foit
propre. On en voit quelques exemples antiques à Rome ,
tels que quelques Iktues de Jupiter & de Mercure ,
ainfi que celles d'Apollon & d'Antinoiis , dans les jar-
dins du Vatican. On en trouve auffi un exemple mo-
derne dans la figure du Chrift qui fe voit à Rome , dans
le temple de la Minerve : ouvrage du célèbre Michel-
Ange Buonarotti. Voilà tout ce que j'avois à dire fur le
cube.
Du cercle & du globe.
Le cercle eft le fécond élément primitif du corps
humain : il tire fon origine de l'unité , c'ed-à-dire , du
point qui eil fon centre , lequel produit le cercle dans
les fuperficies , & le globe dans les corps ; l'unité & la
fimplicité conftituent fon exiftence. C'efl de ce cercle
ou du globe parfait que dérive tout ce qui regarde la
femme , ou tout ce qui eft rond , flexible , tortu , cour-
be , &c. (î), comme l'élévation du dos, l'épaiffeur des
parties fupérieures du corps , telles que la poitrine & les
épaules ; & celle des parties inférieures , comme le
ventre , les feffes , tout ce qui efi: charnu & mufculeux ,
& tous les contours extérieurs & intérieurs , tant con-
vexes que concaves. Le cercle contribue pareillement à
(i) Ex circule , Jîve globo perficlo , fit omnc fœmïnium ac midUbre , &
quïdqu'id carnofum , torofum , jlcxum j tnrtum , curvatum , & incurvum e(l.
Hàc formant ullam negiic cjjc pulchrionm Plato, Cicero , de naturâ
Deoriim , lib. I.
DE LA FIGURE HUMAINE.
7
la Formation des mufcles qui font mouvoir les iburcils ,
& qui (aillent fur le front; à celle des nés aquilins ; à la
rondeur des jeux, fans qu'il fe trouve aucun mufcle
tombant par-defliis, ni aucun pli à la peau en cet endroit ;
a la barbe des mâchoires qui s'étend en largeur & qui
forme un cercle autour de la face. La figure du cercle
préfide aufliau chignon du col , qui efl: très- charnu, ainfi
qu'à l'emmanchement des épaules & à la tête entière, au
gofier fous le menton , qui eft charnu & entouré de
barbe épaiffe , & à une infinité d'autres parties qui ont
le cercle pour principe.
Du triangle & de la pyramide.
Le triangle , troifieme élément primitif du corps hu-
main , tire fon origine du nombre ternaire , puifqu'il
ell compofé de trois lignes. En effet, ayant difpofé trois
pomts de taçon qu'ils Ibient également éloignés l'un de
l'autre, & les ayant joints par autant de lignes droites,
il en réfulte une forme triangulaire qui cil la bafe de
la pyramide. Le triangle eft donc l'élément des figures
dans les furfaces planes , comme la pyramide dans les
folides.
La pyramide eft une figure folide , qui d'une fuper-
ficie plane s'élève en manière de faite dont la pointe efl
appellée cône ou fommet. On donne le nom de bafe à
la partie inférieure de cette figure , d'où s'élève peu à
peu la grandeur de la pyramide , dont les lignes incli-
nées en manière d'un cône forment une pyramide ren-
fermée dans le contour de trois côtés égaux. Car, fur
A^
O R I
une baie triangulaire , Ci l'on élevé trois lignes droites
qui fe joignent au fommet, elles doivent néceilkirement
produire trois triangles qui conftituent la pyramide.
Cette figure domine fur toutes les parties de la figure
humaine , comme on le verra dans les exemples ci-def-
Ibus ; car elle donne au front toute fa largeur , aux
tempes leur plénitude, aux joues leur diminution parle
bas , aux yeux leur diftance, au nez la largeur dans fa
partie fijpérieure qui va en diminuant vers la bouche. Le
triangle donne aux épaules cette étendue par le haut du
corps , formant une pareille figure , dont la pointe abou-
tit au nombril. Enfin il préfide à la largeur de toutes les
parties du corps , tant fupérieures qu'inférieures , telles
que le rétréclifement du ventre par en bas, la largeur
de la cuiffe qui va en diminuant jufqu'au pied, comme
une pyramide , ainfi que les épaules, les bras, les mains,
& les doigts qui diminuent toujours de plus en plus. En
un mot , le globe , ou le cercle eft l'élément de la tête ;
le cube celui du tronc, & la pyramide efi: Télément des
bras & des jambes.
CHAPITRE
L
CHAPITRE II.
De la compojinon de la figure humaine.
A forme virile eft la vraie perfe£lion de la figure
humaine. L'idée parfaite de la beauté efl: l'ouvrage im-
médiat de la Divinité, qui l'a créée unique & d'après
l'es propres principes. Comme il n'en a créé d'abord
qu'une feule , la i"^, la 5 '"\ la 4*^, & toutes les autres
créatures qui vinrent enfuite, fe font écartées de plus
en plus de cette première fortie des mains du Créateur ,
& elles ont dégénéré de fon excellence primitive. Alors
changeant de forme & de caraftere, elles ont emprunte
diverles parties du lion , du taureau , & du cheval, qui
furpaflcnt tous les autres animaux par la force , le cou-
rage, ôc la grandeur du corps. Les exemples qui fuivent
démontreront le rapport que la figure de l'homme peut
avoir avec ces animaux.
Le cube & le quarré font, comme on l'a déjà dit ,
les élcmens primitifs de tout ce qui a de l'étendue dans
le corps humain. Le triangle &: la pyramide y préfident
depuis les épaules jufqu'à la plante des pieds , ainfi qu'on
l'a remarqué ci-devant, en parlant de la proportion élé-
mentaire.
On voit en effet que , dans la figure humaine , toutes
les parties fupérieures font plus amples & plus larges ,
& qu'elles finiifent en diminuant vers les extrémités.
Ainfi la forme pyramidale domine dans la figure de
lo THÉORIE
l'homme , & la cubique dans les mouvemens ; car ce
n'eft pas le même principe qui prëfide à fes aftions &
aux formes de fa figure, comme on le prouvera ci-après
dans les exemples qui accompagnent la defcription du
corps féminin.
Du rapport de la tête de l'homme avec celle de quelques
animaux.
Le vifage de l'homme tient beaucoup de la tête du
cheval; cette reflemblance eft vifible dans la tête de
Jules Cefar, & fur la planche I, où l'on peut remarquer
comme le vifage qui tient du cheval doit être long &
ovale , avec le nez long & droit , les offemens fortement
refTentiSjla face dure, les joues de même, en confer-
vant pourtant quelque chofe de plus doux & de plus
délicat.
Explication de la planche I.
1. L'avancement de la tête.
2. Le creux de la tête.
3. Le décharnement de la joue.
4. Le renflement de la joue. v
5. L'égalité ou le plat de la joue.
6. La partie circulaire du defTous de la tête.
Les planches II , III , & IV, font une confirmation des
principes établis ci-devant , & font voir la reffemblance
du vifage de l'homme avec la tête du bœuf ou du tau-
reau.
La planche V fait voir comment la tête d'Hercule, &
DE LA FIGURE HUMAINE. n
celle des Athlètes, ou des hommes les plus vigoureux ,
ei\ formée de celle du lion, mais avec tant d'art & d'a-
doucillement qu'on a de la peme à s'en appercevoir.
On voit iur la planche VI, que l'homme compofé
des élémens de l'univers, participe de tous les animaux ;
mais les traits qui en dérivent lont fi bien ménagés Ôc
tellement difpofés qu'on ne peut les diftinguer, corrme
on vient de le dire. Cela Te trouve ainfi diins l'homme
parfait , en général ; mais dans le particulier il y a tou-
jours pour chaque homme quelqu'animal dont la reflcm-
blance domine en lui , & qui influe fur Ton caraftere.
Les planches VII &VIII, offrent une confirmation
de ce principe dans les fefTes & les cuifTes, ainfi que dans
les bras & les épaules des hommes forts & nerveux , dont
les mufcles apparens ont beaucoup de refTemblance avec
les mêmes parties des animaux ci-delTus.
U:
CHAPITRE III.
De la figure humaine confidérée dans fort repos.
N E figure eft dans Ton repos lorfque l'équilibre
étant exaftcment gardé, elle ne fe meut ni ne s'incline
d'aucun coté , mais elle refle conftamment dans la fitua-
tion où elle fe trouve : c'efl l'état des corps pefants &
robuftes. Nous en avons un très-bel exemple dans la
ftatue de l'Empereur Commode , qui fe voit à Rome
dans les jardins du Vatican , appelle vulgairement le
Belvédère. Il y efl repréfenté ious l'habillement & In
■fOBHa
'
Il THÉORIE
reffemblance d'Hercule , portant un enfant fur l'on bras
gauche. On admire fur tout les attitudes des figures qui
paroifTent devoir s'arrêter , ou de celles qui femblent
prêtes à quitter le repos pour fe mettre en mouvement.
On trouve un exemple digne des plus grands éloges de
la première de ces attitudes dans la ffatue d'Antinous
( vulgairement le Lantin ) que Ton voit à Rome , dans
les mêmes jardins du Vatican , dont les membres îont dif-
po(ës avec tant d'art qu'on croiroit que la figure vapafî'er
du mouvement au repos , & cela avec une vivacité &
une promptitude extraordinaire.
On voit un exemple du fécond genre dans toute fa
beauté & fa perfeâ:ion dans la flatue d'Apollon qui efl
au même endroit, qui paroit vouloir fortir de l'état de
repos pour fe mettre en mouvement. Il eff bien furpre-
nant que ces deux chef-d'œuvres inimitables de la plus
favante antiquité aient pu fe conferver julqu'à nous lains
& entiers au milieu des guerres cruelles , des pillages &
des calamités fans nombre qui ont ravagé l'Italie depuis
tant de (iecles , & qu'elles aient réfifté à la ruine entière
& à la deflruûion de l'Empire Romain.
Il y a une autre attitude mixte qui participe de la
figure debout & de celle qui efl couchée : c'efl lorfque
la partie inférieure du corps, depuis la hanche ou le
haut de la cuiffe jufqu'à la plante des pieds , efl foute-
nue fur une feule jambe, la partie fuperieure du corps
le trouvant foutenue fur quelque appui. Telles font la
flatue d'Hercule qu'on voit dans la cour du palais Far-
nèle : celle de Silène, nourricier de Bacchus, dans les
jardins de Medlcis , celle du Faune rêveur, au palais
DE LA FIGURE HUMAINE. 13
I
Juftinien : celle d'un autre Faune jouant de la flûte,
dans la ville Borghère , & quantité d'autres flatues qu'on
voit à Rome , lel'quelles fe repoient plus ou moins fur
l'appui qui les foutient.
Bacào Bond'inelU a repréfenté de même avec autant
d'art que d'intelligence des hommes en diverfes attitudes,
dans l'on tableau du mafTacre des Innocens , dont on
connoit l'eftampe. Les anciens nous ont aufli laiffé des
ftatues dans des attitudes différentes de celle qu'on vient
de décrire , mais qui paroifTent en plein mouvement. De
ce nombre font la figure du Gladiateur dans la ville Bor-
ghèfe , qui d'un pas impétueux fe prépare à porter un
coup à fon adverfaire , & pare en même tems celui qui
le menace : ou bien , dans les jardins de Medicis, les en-
fans de Niobé, qui femblent vouloir s'enfuir pour fe dé-
rober à la fureur d'Apollon & de Diane qui les pour-
(uivent à coups de flèches. Telles font encore ces figures
en adion qu'on voit dans les repréfentations des batailles:
celle d'Alexandre domptant le cheval Bucephale , au
mont Quirinal à Rome, &c.
Des différentes Jîatues antiques.
Les Sculpteurs de l'antiquité ne fe font pas renfermés
dans les bornes étroites des exemples précédens, mais
ils ont varié à l'infini les attitudes & les ajuftemens de
leurs fl:atues: ils ont repréfenté les unes debout & en re-
pos , les autres courantes , d'autres aflifes. On a un exem-
ple inimitable de cette dernière dans le grouppe fameux
de Laocoon lié avec fes enfans par des fcrpens mon!-
14 THÉORIE
trueux qui s'entortillent autour de leurs corps, que l'on
voit au Belvédère dans les jardins du Vatican. Ce chef-
d'œuvre de l'art efl préférable à tout ce que l'antiquité
a produit de plus beau, foit en peinture , foit en fculp-
ture ; aufTi bien que la ftatue de la mort qui fe repofe ,
adoucie par les carefles de Cupidon, ou de l'Amour, dans
les lardins de Ludovife , à Rome.
On voit enfin des figures courbées , comme celle de
l'homme qui aiguife un fer, dans les jardins de Medicis :
celles des lutteurs , au même endroit. Des figures cou-
chées , comme on repréfente les Dieux-Fleuves : d'autres
qui paroiflent dormir, comme celle de Cupidon, & celle
de l'Hermaphrodite, dans la ville Borghèfe , au-delà de
la porte appellée Salaria : des figures accablées de lan-
gueur , comme celle de Mirmille mourant, dans les
jardins de Ludovife : celle de Cléopatre expirante , au
Vatican : celle de Vénus languifTante , dans la ville Bor-
ghèfe. On en voit enfin totalement dans les bras de la
mort , comme celle d'un des enfans de Niobé , dans les
jardins de Medicis , &c. Mais en voilà fufîîfamment pour
ce qui regarde les hommes ; parlons à préfent des flatues
de femmes.
Celle-ci diffère de l'homme en ce qu'elle eft plus
craintive & plus foible , parce que fon centre de peîàn-
teur , qui pafîe dans le nœud de la gorge , ne répond pas
exaQ:ement & perpendiculairement au centre d'équili-
bre qui doit fe trouver au milieu du bas de la jambe ,
comme cela fe voit dans l'homme debout & en repos :
au lieu que dans la femme , la ligne perpendiculaire
abaiffée du nœud de fon gofier , va aboutir à l'intérieur
riinm"nnnirnri
mmea
DE LA FIGURE HUMAINE. 15
du talon du pied qui ibutient le poids du corps, comme
on peut le voir dans la rtatue de Vénus heureufe, ap-
pellée aulTi Vénus célefte, & de la Vénus lortant du
bain ; toutes les deux dans les jardins du Vatican ; &
dans beaucoup d'autres figures de femmes. En un mot ,
on peut remarquer dans la belle ftatue de Vénus Aphro-
dite , ou la Grecque , qui cft à Rome , dans les jardins
de Medicis , l'affemblage complet de toutes les beautés
& perfeftions qu'on peut defirer dans une femme.
Parmi le grand nombre de ilatues différentes qui fe
voient de toutes parts dans la ville & dans les faux bourgs
de Rome, ainfi que dans fes jardins , villes, palais, &
maifons de particuliers, nous allons pafTer en revue celles
qui tiennent le premier rang, & qu'on regarde à jufte
titre comme autant de modèles de perfeûion, afin que
ceux qui cherchent à connoitre ce qu'il y a de plus
beau & de plus favant dans la fculpture & la peinture ,
tant pour le dcflein & la jufte proportion des membres ,
que pour les mouvcmens , les attitudes, & les différens
contours des figures qui conflituent la beauté du corps
humain, puiffent les admirer, mcfurer , & rechercher
foigncufement dans toutes leurs parties , & prendre de
chacune ce qui eft fufceptible d'imitation. Nous com-
mencerons par les ftatues d'hommes.
La ilatuc dHercule , au palais Farnèfe : celle de l'Em-
pereur Commode, fous la figure d'Hercule, au Belvé-
dère : celles d'Antinoiis & d'Apollon, au même endroit:
la fameufe ftatue de Laocoon affis , avec fes deux enfans
embarrafTés dans les nœuds des fcrpens : celle du Gladia-
teur, à la ville Borghèfe , à Rome.
lé THÉORIE
Pour les ftatues de femmes , une feule nous fuffira :
c'eft celle de Vénus Aphrodite, au palais de Medicis. On
croit que les artiftes pourront profiter beaucoup de
l'examen réfléchi de ces flatues de l'un & de l'autre
fexe , qui font autant de modèles de la plus grande per-
feûion. On fe contentera donc des exemples que nous
venons de rapporter ; car fi l'on vouloir s'étendre fur les
beautés de toutes ces figures, cela iroit à l'infini. Nous
traiterons ci-après tout ce qui regarde la diftin6lion de
ces différentes ftatues confacrées par l'antiquité , par leur
grandeur & par les perfonnages auxquels elles étoient
dédiées; d'autant plus que cette partie regarde plutôt
l'hiiloire que l'art de la fculpture.
De la pondération.
De l'inégalité du poids dans la figure humaine , naît
le mouvement, ainfi qu'on le voit par cette figure V^
de la planche IX, qui fe trouve forcée ou de fe mou-
voir, ou de tomber. Dans tout mouvement, foit prompt
ou retardé , l'homme a toujours la partie fupérieure du
corps plus penchée du côté fur lequel il s'appuie: & l'é-
paule eft plus bafTe & plus affaiffée du côté qui répond
au pied où l'attitude eft fixée, &qui fert de foutien à
tout le corps.
La figure II de la même planche fait voir la pofture
de l'homme debout fans mouvement, où l'épaule efl tou-
jours plus baffe du côté de la jambe fur laquelle la figure
ed pofée. Or le repos ou la privation de mouvement
provient de fégalité de la pondération fur le centre. Pour
mmaÊmÊmmmmm^mmmmoÊ^imHmmmammÊKm
la
v^m
DE LA FIGURE HUMAINE. 17
la trouver, il fautabailicr du nœud de la gorge une per-
pendiculaire lur le milieu du bas de la jambe , où eft le
centre d'équilibre du poids iupérieur, divile égalemiCnt:
de forte que le centre de peianteur réponde perpendi-
culairement au centre d'appui. -■
La figure III reprélente la manière dont tous les mem-
bres d'une figure doivent être dirpofés , pour qu'en flé-
chiiTant le corps , l'homme* puiflc retourner la tête en
arrière & regarder Tes talons. C'eft la plus grande con-
torfion dont il foit capable ; & cela ne le fera point fans
peine & fans qu'il plie les genoux & les hanches en fens
contraire, ôc qu'il n'abaifTe beaucoup l'épaule du côté
où il regarde en bas.
Lorfqu'on porte les bras derrière le dos, furies reins,
les coudes ne peuvent jamais s'approcher plus près que
de la longueur depuis le coude jufqu'au bout du plus
long doigt de la main : les bras étant ainfi placés , la par-
tie lupérieure du corps, vu par derrière , forme un quarré
parfait. Planche X, fîg. I. La plus grande extenfion du
bras deffus l'eftomach ell de pouvoir faire arriver le
coude jufqu'au milieu du corps. Alors en appuyant la
main fur l'épaule, & le coude fe trouvant au milieu
de la poitrine, les deux épaules & les deux parties du
bras plié forment un triangle équilatéral. Planche X ,
Lorfque l'homme fe difpoie à frapper un coup avec
violence, il fe plie & fe détourne autant qu'il peut du
côté oppofé à celui où il a deiïein de frapper. Alors il
recueille toute la force dont il efl: capable , pour la
porter & la décharger enfuite fur la chofe qu'il veut
h
i8 THÉORIE
atteindre, par un mouvement compolé. Voye-^ ^'^fig- ^^h
même planche.
Les planches XI &: XII repréfentent le corps humain
debout, en diverfes pofturesôc attitudes, foit droites ou
penchées.
On voit fur la planche XIII diverfes ftatues antiques ,
"•elles que celles dTIercule du palais Farnèfejde l'Em-
pereur Commode Tous la figure d'Hercule , &c.
Les planches XIV & XV offrent différentes figures
dans des attitudes très-variées, les unes debout, les au-
tres courantes , d'autres à genoux , 6cc.
CHAPITRE IV.
T)e la figure humaine confidérie dans fes rûouvemens.
L
ES mouvemens du corps humain peuvent fe rappor-
ter à cinq eipeces différentes ; favoir : le mouvement
naturel, le mental, le corporel, le mixte, & le local.
On appelle mouvement naturel , celui par le moyen
duquel un corps peut s'accroître & décroître : ce mou-
vement n'eft d'aucune utilité aux artiiles.
Le mouvement purement mental deftitue tellement
le corps de toute aâ:ion, qu'il paroit comme s'il étoit
mort. En effet , comme il agit en négligeant abfolument
tout mouvement extérieur , les membres du corps lan-
guiffent, & font dans un état de repos ; enforte qu'il ne
donne aucun figne de vie ou de refpiration.
Le mouvement purement corporel ne produit que
eMT
DE LA FIGURE HUMAINE.
î9!
des geltes vuides de lens , tels que ceux d'un inlenle , ou
dun homme ivre , ou dans le délire.
Le mouvement devient mixte quand le corporel eft
joint au mental. Dans cette réunion , avant toutes cho-
ies, les regards de la figure le dirigent vers l'objet fur
lequel l'elprita réiolu de faire agir le corps. Enluite , peu
à peu , les membres fe difpolent conformément au mou-
vement mental , afin qu'agilî'ant par des attitudes conve-
nables, ils fafî'ent ce que la penlée propofe à exécuter.
Le mouvement local ell celui par lequel un corps
le transporte d'un lieu dans un autre. Il fe fait ou volon-
tairement , ou avec précipitation, ou gravement & pas
à pas, ou violemment, étant enlevé, ou entraîné, eu
porté. Les artifles doivent s'appliquer fur-tout à bien
connoitre tous ces mouvemens que nous allons expliquer
dans les exemples fuivans.
Application des principes du mouvement a des exemples.
Un artifle trouve beaucoup de difficulté à bien ex-
primer la fierté, la promptitude , la vivacité , l'agilité,
l'effort, & autres chofes femblables , d'un athlète plein
d'ardeur & de courage, dans lequel il faut faire paroître
de la force , & non pas de la roideur; d'autant plus que
toute roideur dans les membres fait toujours un mau-
vais effet, à moins qu'il ne s'agiffe d'un corps mort.
L'homme qui fe prépare pour frapper un coup vio-
lent, ou pour lancer un trait loin de lui & avec force,
détourne la partie fupérieure de fon corps depuis les
épaules jufqu'au nombril, & la dérobe totalement à
C ij
lo THÉORIE
l'objet qu'il menace ou qu'il a defTein de frapper. Il lui
préfente feulement la partie inférieure de fon corps en
contrafte avec la fupérieure , autant qu'il en eft befoin
pour pouvoir fe remettre dans fa fituation naturelle, en
retirant fon bras & la partie fupérieure de fon corps, qui
en font violemment écartés, pour produire un mouve-
ment plus fort.
Oxi voit fur la planche XVI deux exemples de ce
même mouvement, qui font très-difFérens foit en adion
ou en puifTance. La figure marquée A eft difpofée pour
frapper avec plus de violence, parce que la partie infé-
rieure du corps en contrafte avec la fupérieure, eft tour-
née du côté de l'objet de façon à pouvoir retirer la fu-
périeure avec plus de vîteffe. Cette promptitude & cette
rapidité font que le corps lancé en acquiert une plus
grande force, & eil envoyé plus loin. La figure B , où
la partie inférieure du corps n'eft pas affez en contrafte
avec le bras qui fe prépare à lancer quelque chofe , eft
dans une pofture bien moins commode, & ne produira
qu'un foible effort: le mouvement qui en réfultera doit
participer de la foiblefTe de fa force motrice , laquelle
efl beaucoup moindre dans cette figure que dans la pré-
cédente , parce qu'elle ne s'élance pas avec affez de
violence. On peut comparer ce mouvement à celui d'un
arc qui, n'étant que médiocrement tendu, poulTera
moins loin le trait qu'il doit lancer. Car de la rupture
violente naît la rapidité du mouvement : s'il n'y a point
de violence , il ne peut pas y avoir de rupture , 6c par
conféquent peint de mouvement rapide. D'où il luit que
la figure A agit plus puilTamment que la figure B.
DE LA FIGURE HUMAINE. n
Il y a une attitude qui n'eft pas ordinaire , c'eft lorl-
que l'épaule eft penchée du côté dont le pied ne fou-
tient pas le poids du corps : alors toute la force de l'é-
quilibre de la figure fe trouve dans la hanche & dans
les reins. Voye-^^ la figure A de la planche XV H,
L'homme efl dans une attitude douteufe lorfqu il porte
fur les deux pieds : c'eftla pofture orduiaire des perfon-
nes langullTantes de maladie , ou fatiguées par un travail
exceflif , ou bien accablées d'une vieiilcîre décrépite.
C'ell aulTi celle des enfans , qui n'ont point une conte-
nance aflurée. Voyen^ la figure B , même planche.
Celui qui marche contre l'effort d'un vent violent ,
n'obferve pas les règles de la pondération pour tenir
fon corps en équilibre , perpendiculairement fur fon
centre d'appui : mais il le penche d'autant plus en avant
que le vent fouffle avec plus de violence. Alême plan-
che, fig. C.
L'homme a plus de force pour tirer que pour pouffer,
parce qu'en tirant , les mufcles des bras s y joignent en-
core , lefquels n'ont de force que pour tirer feulement ,
& non pour pouffer. Cela vient auffi du mufcle A B
(planche XVIII, figure d'en bas ) qui fert à fléchir le
bras , qui cft plus fort & plus éloigné du pôle du coude,
étant en-deffus du bras , que le mufcle D E qui efl en-
deffous , qui étend le bras, & qui efl plus foible, étant
plus proche du centre du même coude C. Ce mouve-
ment Q.Ù. produit par une force fimple qui cft celle des
bras , & auffi par une force compofée , lorfqu'à la puif-
fance des bras on ajoute celle du poids de tout le corps,
comme on le verra dans l'exemple de la planche f'uivante.
m
^
11
THÉORIE
On voit iur cette planche XIX, que ces deux hommes
agiflent plus puillamment que dans l'exemple précédent,
parce qu'ils joignent ici à la force des bras le poids de
tout le corps , & de plus la force des reins , des jambes ,
& des jarrets. On y voit aufii la différence de celui qui
pouffe d'avec celui qui tire à lui : en ce que pour tirer,
outre le poids du corps, la force des bras s'y joint, ainfi
que celle de l'exteniion des jambes & de l'échiné , &
encore celle des mulcles de l'eftomach, plus ou moins ,
félon que l'attitude oblique de l'homme y eff néceffaire:
au lieu que lorfqu'un homme pouffe quelque chofe ,
quoique les mêmes parties y concourent, néanmoins la
force des bras y eff fans aucun effet, parce qu'à pouffer
avec un bras étendu tout droit & fans mouvement, cela
n'aide en rien davantage que (i l'on avoit un morceau
de bois entre l'épaule & la chofe que l'on pouffe.
La planche XX repréfente diverlés figures nues &
habillées, dans l'attitude de courir.
Des figures qui portent quelque chofe.
L'épaule fur laquelle un homme porte un fardeau
eff toujours plus haute que l'autre , comme fi elle s'ef-
forçoit de s'élever contre le poids qui la preffe. Dans
toutes les figures chargées, la nature oppofe d'un côté
autant de poids naturel qu'il fe trouve de poids accidcn-
del de l'autre côté, de manière que le centre de peian-
teur, foit naturel ou artificiel, doit répondre perpendi-
culairement fur le centre d'équilibre : fans quoi , la figure
ne pouvant fe foutenir, tomberoit infailliblement. Voyez
mmmmÊÊtimtmmMmÊmmaKmmmmmsamÊmmmÊÊÊÊÊmmm
DE LA FIGURE HUMAINE. 23
les figures i & x de la planche XXI. C'efl ce que Léo-
nard de Vinci explique en ces termes :
Toujours l'épaule de l'homme qui porte un fardeau
eft plus haute que l'autre épaule qui n'eil: point chargée ;
& cela le voit en la figure luivante (plane. 2,1. fig. i ),
par laquelle pafle la ligne centrale de toute la pelanteur
du corps de l'homme & de (on fardeau , lequel mélange
& compofition de pefanteur, fi ce n'efi: qu'il fe partao'c
avec une égale pondération fur le centre de la jambe
qui foutient le faix , il faudroit néceiTalrement que tout
s'en allât par terre. Mais la nature , en cette néceflité ,
pourvoit à.faire qu'une pareille partie de la pefanteur
du corps de l'homme, fe jette de l'autre côté oppofite à
ce fardeau étranger , pour lui donner l'équilibre & le
contrepoids : & cela ne fe peut faire fans que l'homme
vienne à f e courber du côté le plus léger, jufqu'à ce
que par cette courbure il le fafle participer à ce poids
accidentel dont il eft charge. Et cela encore ne fe peut
faire fi l'épaule qui foutient le faix ne fe haufl!'e , & que
l'épaule légère ik fans charge s'abaifi^e : & c'eft l'expé-
dient dont l'indufirieufe nécefl!ité fe fert en une telle
rencontre. Léonard de Kinci , chap. CC.
La figure i'^''" de la même planche fait voir que
rhomme qui marche , chargé ou non , doit avoir le
centre de fa pefanteur fur le centre de la jambe qui pofe
à terre.
La pondération , ou l'équilibre de la figure humaine ,
fe d:vife en deux parties; favoir le fimple & le com-
pofé : l'équilibre fimple eft celui que l'homme fait de-
meurant debout fur fes pieds fans fe mouvoir. Par
t
i
IHMI'lllllillllMIIIIIIIIIIIIIIIIf»
14 THÉORIE
l'équilibre compoCé , on entend celui que fait un homme
lorl'qu'il a fur lui quelque fardeau , & qu'il le foutient
par des mouvemens divers, comme en la figure 3 de
cette même planche, reprëfentant Hercule qui étouffe
Anthée , lequel l'ayant foulevé de terre , & le ferrant
avec fes bras contre la poitrine , il faut qu'il fe donne
en contrepoids autant de charge de fes propres membres
derrière la ligne centrale de fes deux pieds , comme le
centre de la pefanteur énorme d'Anthée eft en devant
de la même ligne centrale des pieds. Léonard de P^incl,
chapitre CCLXllL
Des Athlètes.
La démarche des Athlètes a quelque chofe de plus
fier & de plus fublime que celle des autres hommes.
Virgile en a fait des peintures dignes d'admiration dans
le cinquième livre de l'Enéide. Voyez les figures de
Darès & d'Entellus , marquées A & B , fur la planche
XXII.
Talls prima Dares caput altum in prxlïa toUitf
OJlcnditquc humeros latos ^ alternaqucjuclat
Brachia protendens , & vcrberat iclibus auras.
C'eft ainfi que Darès élevant fa tête orgueilleufe ,
s'avance fièrement dans l'arène , & fe préfente le premier
au combat. Il découvre fes larges épaules , il étend fes
bras nerveux, & les agitant alternativement , il frappe
l'air à coups redoublés.
mmmmmmmmmmmÊmmwmmmmmmmim^
DE LA FIGURE HUMAINE. i^
HiC fjtus , dupliccm ex humeris dcjeàt amïclum :
Et magnos mcmbroriim artus , magna ojfa , lacertofque
Exith , acque tngens média conJiJlU arend,
A ces mots Entellus ayant jette bas le vêtement qui
lui couvroit les épaules , fait voir les fortes jointures de
fes membres, ies grands os, & fes bras vigoureux : il
marche audacieufement, & paroît comme un géant au
milieu de l'arène.
Conjilt'u in digitos extemplb arrecliis uierqut ,
Brachitique ad fuperas inurriius extulit auras,
yibduxere rctrb longe capita ardua ab iclu ,
Immifcentquî manus manibus , pugnamque lacejfunt.
Auflîtôt les deux Athlètes fe dreffent fur la pointe
des pieds, & d'un air intrépide ils élèvent les bras en
l'air pourfe frapper ; chacun retire adroitement fa tête
en arrière pour la dérober aux coups furieux de fon
advcrfaire. Ils s'approchent , ils fe joignent, & fe faifif-
fant l'un l'autre par les mains , le combat commence.
Dixit , & adverji contra Jl eût ara jnvenci ,
Qià donum ajlahat pugnae ; duras que reducîd
Libravit dextrâ média inter cornua ccflus
Arduus , cffrato que illijit in oJfa cerebro.
Sternitur , exanimis que tremens procumbit humi bos.
Virgil. iEneid. lib. V.
Il dit, &s'avançant vis-à-vis le taureau qui étoit le
prix de fa viÉloire, il levé fon bras redoutable arme du
cefte , il s'élance , & balançant fon coup , il le frappe
avec force entre les deux cornes : le crâne brifé s'en-
wmma^aamBaÊmimaÊmmm^imÊmmÊammBaaÊÊmmÊÎmmmÊmmiitÊmÊ^mmiimÊm
D
I
■ liii Wm.1 M tt I I — ■— M— — ■
THÉORIE
WÊ0
Fonce dans la cervelle : l'animal tremble , chancelle , &
tombe mort fur la place. Eneid. liv. V.
Daniel de Volterre a très-bien repréfenté les Lutteurs ;
premièrement , lorfqu'ils fe menacent , lorfqu'ils s'ap-
prochent, lorfqu'ils en viennent aux mains , &c. Voyez
les deux figures marquées A, & le grouppe B, fur la pi,
XXIII.
Les Athlètes fe préfentoient au combat le corps nud,
la peau gra (Te, frottée & dégouttante d'huile. C'eft ainfi,
au rapport de Vitruve , que Tarchitefte Dinocrate le
préfenta devant Alexandre : il étoit nud, à la manière
des Athlètes , le corps luifant d'huile , ayant fur la
tête une couronne de peuplier, portant fur l'épaule gau-
che la dépouille d'un lion , ôc tenant de la main droite
une forte mafîue hérifTée de nœuds. Vitruve , Préface du
Livre II.
Il y avoit une loi chez les Lacédémoniens qui leur
défendoit de le livrer à une certaine molefîe , ou d'ac-
quérir un embonpoint capable de nuire aux exercices
qu'ils étoient obligés de faire.
On voit fur la planche XXIV Laocoon qui s'efforce
de fe débarraffer du ferpent qui l'environne : Hercule
portant un fanglier d'une grandeur énorme ; & le même
foulageant Atlas du poids immenfe de l'atmofphere.
Ovide en parle dans ces termes, ( liv. II de fes méta-
morphofes ).
j4tlas en ipfe laborat y
Vix que fuis humeris candenum fujiinct axern,
Ovid. metam. lib. II.
Voyez Atlas lui-même prêt à fuccomber fous le poids
DE LA FIGURE HUMAINE.
I-
énorme du globe célefte qu'il porte lur les epauks.
Alole fub immtnfâ pojlquam dcficitur Atlas ,
Traduur HercuUîs viribus ijle labor.
Lorfqu'Atlas , fatigué du poids immenfe de l'atmof-
pherc , commençoit à s'afFoiblir, ce travail trop pénible
pour lui fut confié aux forces invincibles du vigoureux
Hercule.
La planche XXV repréfente quelques figures affifes
& dans le repos.
On voit fur les planches XXVI & XXVII , plu-
fieurs figures d'hommes couchés par terre , morts , ou
expirans; tels que Darès, vaincu & terraflé par Entel
lus; Virgile le repréfente ainfi à demi mort.
Jacîanumque utroque capiit , cra^um que cruortm
Ore rejeclantem , mixtosque in fanguim dentés,
Virgil. iEacid. lib. V.
Il agite, dit-il , fa tête de côté & d'autre , vomifiant
un fang épais : les dents lui fortent de la bouche mêlées
avec des flots de fang.
A la fin du combat d'Enée contre Turnus , il termine
ainfi fon admirable poème :
Hoc dicens , fcrrum adverfe fub pectore cond'u
Fervidus. Afl illi folvuntur frigore membra ,
Vitaque cum gcmitu fugit indigna ta fub urnbras.
Virgil. jEncid. lib. XII.
A ces mots, Enée, tranfporté de colère , lui enfonce
fon épée dans le milieu de la poitrine. Alors un froid
mortel s'empare de Turnus, & lui glace le fang dans les
— — —
Du
i8 THÉORIE
veines , tes membres le roidiflent , il rend les derniers
foupirs, & Ton ame indignée s'échappe dans les airs en
pourtant de longs gémiflemens. Virgile , ibid.
Les planches XXVIII & XXIX repréfentent des
hommes crucifiés, & concourent , avec les deux plan-
ches précédentes, pour démontrer que la ligne droite
e(l l'élément des corps morts : & c'eft le feul cas où il
(bit convenable de faire paroitre de la roideur dans les
membres, comme on Ta déjà obfervé ci-devant.
On voit fur les planches XXX & XXXI diverfes
attitudes d'anges volans , & de figures enlevées fur des
nuages.
La planche XXXII offre une composition de Rubens,
imitée d'un bas relief antique où l'on voit un Satyre
fuftigé par un autre Satyre en l'honneur du Dieu des
Jardins.
CHAPITRE V.
Des différentes efpeces de Jlatues des anciens.
i^ OUS diflinguons fept efpeces de flatues; favoir,
les pareilles, les grandes, les plus grandes, les très-
grandes, les petites, les plus petites, & les très-petites.
On appelle ftatues pareilles , quand les perfonnages
qu'elles repréfentent font dans leurs proportions natu-
relles. On élevé celles-ci aux gens d'un mérite diftingué,
& aux fages ou philofophes de réputation. On pourroit,
[par exemple, en drefîer de femblables à Armodius,
m
DE LA FIGURE HUMAINE. 19
Arillogonc , Homère , Solon , Hippocrate , Gorgias ,
Berole , Py thagore , Platon , Brutus , Quintus Mucius ,
à Clclie , temme forte, aux Gâtons , à Quintus Ennlus,
Marcus Varron, Virgile, Ciceron , & autres perlonna-
ges illuflres.
Les flatues font dites grandes lorfqu'elles excédent de
moitié la proportion ordinaire : on les a appellées Au-
gures , parce qu'on en élevé de pareilles aux Rois &
aux Empereurs, comme à Phoronée, Lycurgue , Thé-
mirtocle, Xercès , Alexandre, Romulus, Numa , Ta-
tius , Cneius Pompée, Céfar, Augufte , & aux autres
Empereurs Romains qui ont été élevés au rang des
Dieux. C'ell dans cette idée , à ce que je penle , que la
Reine Didon , prête à rendre les derniers foupirs ,
s'écrie :
« Mon image périra donc avec moi dans le tombeau » !
Et nunc magna met fub terras ibit imago!
Elle femble fe plaindre par-là de ce qu'on refufera de
lui ériger une iîatue , & de faire fon apothéofe après fa
mort , parce que c'étoit l'ufage parmi les anciens de ne
point accorder cet honneur à ceux qui s'étoicnt donné
volontairement la mort.
Les ftatues plus grandes étoient d'une proportion
double de la grandeur ordinaire : on en érigeoit feule-
ment aux héros , comme à Bacchus, Hercule, Thefée ,
& à d'autres femblables.
Les ftatues très-grandes font du triple de la grandeur
ordinaire de la figure humaine. On leur a donné le
nom de colofjes , foit parce qu'elles font creufes au-
[
3-0
THÉORIE
dedans , loit que ce nom dérive des deux mots grecs
y-ôxoi , magnus , & 'oVs-oç , oculus , comme fi Ton difoit
grand à la vue : d'autres dll'ent que ces ftatues ont
été alnfi appellées du nom d'un certain ColoJJus , leur
inventeur. Quoi qu'il en foit , ces ftatues cololîales ne
conviennent qu'aux Dieux les plus puiffnnts , tels que Ju-
piter, Minerve, Apollon, Mars, &aux autres Divinités
i'emblables ; c'eft donc mal à propos que des Empereurs
Romains, & quelques Rois parmi les nations barbares,
ont prétendu à cet honneur , ainil qu'à celui des arcs
de triomphe , au rapport de Pline , qui afTure que l'Em-
pereur Néron avoit ordonné qu'on le peignit fur de la
toile , dans une proportion coloflale de CXX pieds de
hauteur. Pline , liv. XXK , chap. vil. Il dit auffi que
Phidias avoit fait deux figures en manteau, que Catulus
plaça dans le temple de la Fortune à Rome , avec une
autre figure colofî'ale qui étoit nue. Pline ^ liv. XXXV ,
chap. FUI. Il y avoit à Rhodes une ftatue coloiTale du
Soleil, faite en airain par Charès, élevé de Lyfippe ,
qui avoit LXX coudées de haut. Elle étoit fituée à l'en-
trée du port de Rhodes , & les navires palloient à pleines
voiles entre fes jambes. Elle a été regardée à jufte titre
comme une des fept merveilles du monde. Nous en
parlerons ci-après plus au long.
On appelle petites ftatues celles qui font au-deflbus
de la grandeur humaine -.voici leurs proportions. Divi-
fant la hauteur ordinaire de l'homme en quatre parties
égales, on donne trois de ces parties à la ftatue, qui fe
trouve alors d'un quart plus petite que celles qu'on
p'^'nme rr^reilles.
DE LA FIGURE HUMAINE. 51
Les ftatues (ont dites plus petites lorlque leur hauteur
cil réduite à la moitié de la grandeur ordinaire de la
hgure humaine. Celles qu'on appelle très-petites, n'ont
que le quart de cette même hauteur.
Voici, ce me iemble , larailbn de cette diverfité de
grandeur dans les ftatucs. La dii'ette du métal , ou la
Facilité du tranfport a occafionné les petites : la magni-
ticence , ou la dignité du perfonnage qu'on vouloit re-
préfenter, en a fait élever quelques-unes juiqu à la hau-
teur de cent coudées, & davantage. N'e(l-il pas jufle
en effet que ceux qui ont dominé liir les autres pendant
leur vie par leur courage, ou par la dignité de leurs
emplois, l'emportent aufli après leur mort fur le com-
mun des hommes par la grandeur ôc l'excellence des
monumens qu'on leur élevé? C'eil ce qu'Homère veut
taire entendre par les vers fuivans , lorfqu'il nous repré-
l'ente la Déeffc Pallas ornant Ulyffe d'un riche habille-
ment.
oui mulûplium ex humerts Trhonia pallam
Cornponens , aux'u corpus ^ lœtawque juvcntam (i).
LaDéeffe Pallas lui mettant fur les épaules un man
teau à grands plis, augmente la majefté de Ton corps,
& femble le rajeunir ; & il ajoute peu après : comme s'il
paroiffoit lui-même admis déjà au nombre des Dieux.
Virgile a trouvé une exprefîion aufîi heureufe danh.
la peinture qu'il nous fait de l'étonnement de Didon ,
(1) Ces vers font tirés d'une tradiiflion des deux premiers livres de
l'Iliade en ver^ latins, faite par Camcrarius , in-quarto, imprimée à Straf-
bourg en 1 5 38.
31 THÉORIE
Reine de Carthage , à rafpeû d'Enée fortant de la nuée
dont il avoit été enveloppé par fa mère Venus , qui
avoit eu foin d'embellir fes attraits , pour le faire aimer
de Didon.
Rejlhit JEncas , claraquc in nube rcfuljlt ,
Os hurnerofqiit DeoJimUis : namque ipfa dccoram
Cœfariem nato genitrix j lumenque juvcntcz
Purpureum , & lœtos oculis afflarat honores.
Enée s'arrêta, & parut devant la Reine avec le plus
grand éclat, au milieu de la nuée brillante dont il étoit
environné. Il avoit le port & la majefté d'un Dieu ; car
la Déeffe fa mère avoit pris foin d'embellir fa longue
chevelure , & elle avoit répandu une beauté ravivante
& les grâces de la jeuneffe dans fes yeux & dans tous
les traits de fonvifage. Eneid. liv. I.
Xenophon rapporte que Cyrus , après la célèbre
viâioire qu'il remporta fur les Alfyriens , étoit très-at-
tentif à tout ce qui pouvoit contribuer à la beauté & à
lamajefté de fon corps. Et nous lifons dans Quint-Curce
que Thaleflris , Reine des Amazones, conçut du mépris
pour Alexandre le Macédonien quand elle vit la peti-
teffe de fa taille , & que ce fut la raifon qui détermina
ce vainqueur de l'Afie à fe faire ériger , dans l'endroit
où il avoit campé , une ftatue plus grande que le naturel :
étant perfuadé que cette ftatue de grandeur extraordi-
naire excitcroit davantage l'admiration de la poftérité.
Je penle auifi que c'eft dans la même intention que
l'on a érigé à nos Empereurs des ftatues plus grandes
que le naturel. Et cela ne vient pas tant ( comme le penfe
le vulgaire) de ce que fi on les eût faites de la proportion
éB
ordinaire ,
DE LA FIGURE HUMAINE. 33
ordinaire , elles auroient paru trop petites , étant pla-
cées fur un monument élevé , que parce que cette gran-
deur furnaturelle leur donne plus de dignité & de
majefté.
Les ftatues que l'on confacre aux Dieux , foit de gran-
deur ordinaire , foit plus grandes , ont été appellées
par les Latins ,fimulachra , Idoles : telles font celles de
Mars, de Venus, de Minerve, de Cupidon , de la
Bonne-Foi , de la Fortune, & des autres Divinités qui
n'ont point la forme ordinaire de nos corps. Les ftatues
pour les héros ou les demi-dieux, ont été appellées lôa^aç,
c'eft-à-dire , faites au cifeau , ou en ôtant de la matière,
comme on travaille les figures en marbre , en pierre, en
bois, &c. Ce nom a été donné d'abord à toutes les fta-
tues en général , fur-tout à celles des Divinités Egyp-
tiennes.
Les ftatues desRolsétoient appelUées av<f>/afT«ç,y?^rw^ .•
celles des lages, iiKiX^ç ^ Jimiles : celles qu'on érigeoit aux
gens de mérite , ou qui avoient rendu quelque fervice
efTentiel à la République , ^poT«ç , humanœ. On donnoit le
nom àt uy.ovtyj,q ^ ad Jimilitud'inem expreffœ , aux figures
dont les traits du vifage étoient reffemblans , foit en
(culpture , foit en peinture : les Latins les ont appellées
du nom général imagines , reflemblances. En vain cher-
cheroit-on des noms particuliers pour les autres ftatues;
à moins qu'on ne veuille les appeller toutes effigies , re
préfentations. Car le mot figure ne convient qu'au con-
tour d'un homme , d'un cheval , ou de toute autre
choie, tracée fur une furface plane.
Du tems d'Homère , les Grecs appelloient ci'raA/x
cndL
34
THÉORIE
fimulachra , tous les orncmens qui ëtoicnt expofés dans
les temples aux yeux des Tpeftateurs ; & ils en ont
d'autant mieux retenu le nom, que par la fuite, prefque
tous les ornemensde ces endroits confacrés aux Dieux
ne confiftoient guère que dans des ftatues»
Toutes les ftatues dont la grandeur étoit au-dcffus de
celle d'un homme ordinaire , s'appelloient en général
figna, ftatues : celles qui ëtoient plus petites, figilla ,
petites ftatues. Il y avoit auffi d'autres figures qui ne
repréfentoicnt point le corps humain en entier, que les
anciens :LppQ\\o'ient hermce , Jeu Jîemmata , buftes de Mer-
cure , ou images des ancêtres. Ces buftes étoient portés
fur des troncs quarrés , les uns plus longs , les autres plus
courts , dont la plupart alloicnt en diminuant, en forme
de gaines par le bas ; les modernes leur ont donné le
nom de Termes : on pouvoit en changer la tête à vo-
lonté. Il y avoit une grande quantité de ces buftes qui
repréfentoicnt pour l'ordmaire une tête de Mercure ,
d'où ils ont tiré leur nom : Hermès , en grec ipfxnç , vou-
lant dire Mercure. On mcttoit beaucoup de ces figures
autour des tombeaux, pour conferver la mémoire de
ceux qui y étoient renfermés. On avoit coutume de
placer les flatues des ancêtres , en latin ftemmata , dans
les veftibulcs, ou dans les falles qui étoient à l'entrée
des maifons ; c'étoient les marques de nobleffe & d'an-
cienneté de la maifon, avant l'invention des armoiries :
ils confiftoient en de fimples builcs, dont on ne voyoit
que la tête , & dont le col étoit coupé au haut des épaules
& de la poitrine.
>TOKat«y*i
DE LA FIGURE HUMAINE. 35
Divers extraits de l'hifloire naturelle de Pline , Jur les
Jlatues des anciens.
Le bronze fut employé communément aux ftatues
des Dieux. La première que je trouve avoir été faite à
Rome de ce métal , ell celle de Cerès : les frais en furent
pris lur les biens de Spurius Caflius , qui, alpirant à
la royauté , fut tué par {on père. Des Dieux , Tairain
palla aux ftatues des hommes, & à des repréfentations
diverfes. Les anciens leur donnoient une teinte avec du
bitume , d'où il eft d'autant plus furprenant qu'enfuite
on fe foit plu à les dorer. Je ne fais fi cette invention eft
romaine, mais elle n'eft pas ancienne parmi nous. On
n'élevoit des ftatues qu'à ceux dont quelques avions
méritoient l'immortalité. Ce fut d'abord pour les viftoi-
res dans les jeux facrés, & fur-tout les jeux olympi-
ques, où c'étoit la coutume d'élever une ftatue aux
vainqueurs. Pour ceux qui avoicnt vaincu trois fois à
ces mêmes jeux, leurs ftatues étoicnt reflémblantcs dans
les différentes parties du corps , c'eft pourquoi on les
appelloite;;;oi/xaç,y7/7z//tf5, reftémblantes. Je ne fais fi ce
ne font pas les Athéniens qui les premiers ont élevé des
ftatues, par autorité publique, aux Tyrannicides Har-
modius 6c Ariftogiton ; ceci arriva la même année q'.ie
les Rois furent chaftés de Rome. Par une louable ému-
lation , cet ufage fut cnfuite univerfcllement adopté :
dès-lors les places publiques des villes municipales furent
ornées de ftatues : & par des infcriptions fur leur bafe ,
on perpétua la mémoire & les dignités des grands
îé
THEORIE
.
hommes; eniorte que les tombeaux ne furent plus les
feuls monumens de leur fouvenir. Bientôt les mailbns
des particuliers & les galeries devinrent des places pu-
bliques. Ce fut ainfi que le refpe^i des cliens pour leurs
patrons imagina de les honorer. Liv. XXXIK, chap.
IV , fecl. IX.
Les ftatues ainfi dédiées étoient anciennement vêtues
de la toge : on fe plut aufli à faire des figures nues , te-
nant une pique : elles repréfentoient les jeunes gens qui
s'exerçoient dans les gymnafes , & fe nommoient Achil-
léenes. L'ufage grec ell de ne rien voiler, le romain eft
au contraire d'ajouter une armure fur la poitrine des
ilatues des militaires. Cefar , étant DiÈlateur , foufFrit
que dans la place qui porte fon nom on lui en élevât une
cuirafTée; car celles qui font couvertes à la manière des
Lupercales font aulTi nouvelles que celles qui ont paru
depuis peu vêtues d'un manteau. Mancinus fe fit repré-
ienter dans le même état où il fe trouva lorfqu'if fut
livré aux Numantins : il étoit nud , les mains liées der-
rière le dos. Nos écrivains ont remarqué que le poète
L. Accius fit placer dans le temple des Mufes fa îlatue
d'une taille fort grande quoiqu'il fi^it fort petit. Quant
aux ftatues équellres , fi recommandabîes chez les Ro-
mains , leur origine vient certainement des Grecs ; mais
les Grecs commencèrent par celles à un feul cheval ,
pour les vainqueurs dans les jeux facrés : ceux qui
avoient vaincu à deux, ou à quatre chevaux, en confa-
crerent enfuire avec le même nombre : d'où efi: venu
chez nous l'ufage d'ajouter même un char aux ftatues
des triomphateurs. Celui des chars à fix chevaux , ou
BUi
«H
DE LA FIGURE HUMAINE. 57
attelés d'éléphans, Qiï venu plus tard, &. ne parut que
fous Augufte. Chap. v , feci. x.
L'ufage de reprélenter lur un char à deux chevaux ceux
qui , après leur prêture , avoient fait le tour du cirque ,
n'efl: pas non plus fort ancien : celui des ilatuespofeesfur
des colonnes Tell: davantage. Nous en avons un exemple
dans celle de C. Mœnius, vainqueur des anciens Latins ,
auxquels, fuivant le traité, le peuple Romain don-
noit la troifieme partie du butin des vaincus. Ce fut
lui qui dans fon Confulat, l'an de Rome 416, fufpendit
à la tribune aux harangues les proues des vaifleaux pris
aux Antlates qu'il avoit vaincus. Caïus Duillius reçut
le premier les honneurs du triomphe naval pour fa vic-
toire fur la flotte des Carthaginois : fa flatue efl encore
aujourd'hui dans la grande place. On y voit auffi celle
dj P. Minucius, Intendant des vivres. Elle lui fut élevée
hors la porte Trigcminienne , & la dépenfe en fut prife
lur une contribution que fit le peuple. J'ignore fi ce fut
le premier honneur de cette efpece accordé par le
peuple : le Sénat l'avoit décerné auparavant. Belle
coutume , fi elle n'eût pas commencé pour des fujets
frivoles ! Car on avoit élevé à Attus Navius, devant le
Sénat, une ilatue dont la bafe fut brûlée dans l'incendie
qui le confuma aux funérailles de Publius Clodius. On
an érigea une, par décret public, àHermodore, Ephé-
fien,dansla place des Comices, parce qu'il interpré-
toit les loix qu'écnvoient les Decemvirs. On érigea
une ftatue à M. Horatius Coclès , pour une autre raifon ,
& mieux fondée : il avoit feul repouiTé l'ennemi fur le
pont Sublicien; la flatue fubfifle encore. Je ne fuis point
WÊmÊmmÊmKmmmmtmmmtmmmÊaimamaamtaÊBmmam
38
THÉORIE
l'urpris non plus que la Sybille ait eu des liatues près de
la tribune aux harangues, quoiqu'il y en ait trois : une
que Sextus Pacuvius Taurus , édile du peuple , fit éle-
ver , & deux qui le furentparM. Mefîala. Je croirois que
celles-ci & celle d'Attus Navius, polces du tems de
Tarquin l'ancien , furent les premières, (i dans le Capi-
tule il n'y en avoit pas des Rois qui l'ont précédé. Chap.
V , fecî. XI.
Entre ces dernières, la ftatue de Romulus eft fans
tunique , comme celle de Camille , dans la place aux
harangues. Celle de Q. Marcius Tremulus , devant le
temple de Caftor & Pollux , étoit équeftre , auffi fans
tunique, & vêtue de la toge ; il avoit vaincu deux fois
lesSamnites, &,parlapriié d'Anagnia, il avoit délivré
les Romains du tribut. Les ftatues qu'on doit mettre au
rang des plus anciennes , font celles qu'on voit dans la
place aux harangues de T. Clelius , L. Rofcius , Sp.
Nautius, & C. Fulcinius, tués par les Fidenates dans
une ambaffade. La République décernoit ordinairement
cet honneur à ceux qui , contre le droit des gens , avoient
été tués. Elle l'accorda aux deux frères P. Junius & T.
Coruncanus , qui furent tués par ordre de Teuca , Reine
des ïily riens. Il ne faut pas oublier que , félon nos an-
nales , leurs ftatues dans la place publique étoient de
trois pieds de haut : c'étoit alors la mefure honorable.
Je n'oublierai pas non plus Cn. Oftavius , ( ou C. Popi-
lius y félon d'autres) , à caufe de fon mot fameux au
Roi Antiochus. Ce Prince promettant de lui répondre ,
celui-ci, avec une baguette qu'il tenoit par hafard, traça
un cercle autour du Roi , & le força de lui donner fa
DE LA FIGURE HUMAINE.
39
réponi'c avant qu'il en Ibrtît. Ayant été tué dans cette
ambaflade , le Sénat lui érigea une flatue dans le Heu le
plus apparent de la place aux harangues. L'hiftolre dit
aulîi qu'on décerna une ftatue à la veftaleTaracia Caïa,
ou SufFetia, pour être placée où elle voudroit: circonl-
tance qui n'eft pas moins honorable pour elle , que d'a-
voir été , quoique femme, honorée d'une ftatue. Voici,
dans les propres termes des annales , ce qui la lui mé-
rita : « pour avoir fait préfent au peuple du champ du
» Tibre ». Pline , chap. VI .
Je trouve qu'on éleva des ftatues à Pythagore & à
Alcibiade, aux deux angles de la place des Comices ,
lorfque,dans la guerre contre les Samnites , l'Oracle
d'Apollon Pythien eut ordonné de confacrer dans le
lieu le plus honorable des flatues au plus brave & au
plus fage des Grecs. Elles fubfifterent jufqu a ce que le
Diftateur Sylla fit bâtir le Sénat dans cet endroit. Je
luis étonné de ce que les Sénateurs d'alors aient donné
la préférence pour la fagefle à Pythagore fur Socrate ,
qui , par l'Oracle du même Dieu , avoit été déclaré le
plus fage des hommes; & que pour la valeur ils l'aient
accordée à Alcibiade, au préjudice de tant d'autres,
particulièrement à celui de Thémiflocle , en qui la valeur
& la fagefl'e étoient réunies. Onpoloit les flatues fur des
colonnes , pour les élever au-defTus des autres hommes.
C'ell: auffi ce que fignifie la nouvelle invention des arcs
de triomphe. Cependant cet honneur commença chez
les Grecs : & je crois que perfonne n'eut autant de fla-
tues élevées en fon honneur que Demetriusde Phaleres
à Athènes, puifqu'on lui en érigea trois cent foixante :
1
40
THEORIE
Tannée ne paiîoit pas encore ce nombre de jours. Elles
furent prefqu'auffi-tôt brilëes. Les Tribus Romaines en
avoient élevé dans toutes les rues de Rome à C. Marius
Gratidianus , qu'ils renverferent lorfque Sylla entra
dans la ville. Pline , chap. Vl ^fecl. xil.
Les ftatues pédeflres turent lans doute de très-bonne
heure eflimées à Rome; cependant l'origine des ftatues
équellres efl aulfi fort ancienne : on en a même accordé
l'honneur à des femmes, puilqu'il y en a une de Clélie ,
comme fi ce n'étoit pas alfez de l'avoir ornée de la toge :
tandis que Lucrèce & Brutus, qui avoient chafl'é les
Rois pour lefquels Clélie fut en otage , n'en eurent
point. Je croirois que cette (latue & celle d'Horatius
Coclès , ont été les premières élevées par décret pubhc ,
fi Pilon ne difoit que ce furent ceux qui avoient été en
otage avec Clélie , & que Porfenna rendit à fa confidé-
ration , qui la lui érigèrent. Car pour celle d'Attus &
celles de la Sybille , ce fut Tarquin : pour celles des
Rois, il eft vraifemblable qu'ils fe les érigèrent eux-
mêmes. Le Hérault Annius dit au contraire que la fi:atue
équefiire qui étoit vis-à-vis le temple de Jupiter Stateur
dans le vefiibule du palais de Tarquin le Superbe , étoit
celle de Valeria, fille du Conful Publicola , ôc qu'elle
s'étoit fauvée feule en pafiant le Tibre à la nage , les
autres otages envoyés à Porfenna ayant été maflacrés
parle parti des Tarquins dans une embuicade. Chap. VI ,
fecî. XIII.
De
DE LA FIGURE HUMAINE. 41
De la manière dont les anciens repréfèntoient leurs
Divinités.
Le dieu Mars étoit honoré par les Romains fous les
deux noms de Gradivus & de Quirinus : fous le premier,
il avoit la flatue dans le champ de Mars , hors de la
ville : (bus le fécond nom , fa ftatue étoit placée au mi-
lieu du Forum, dans i'mtérieur de la ville.
Vénus étoit repréfentée, chez lesLacédémoniens, les
armes à la main. En Arcadie , elle étoit noire. En Chy-
pre , elle avoit de la barbe , le feptre viril, & des habil-
lemcns de femme.
En Egypte, l'Amour étoit repréfenté avec des ailes,
derrière la ftatue de la Fortune, qui tenoit devant elle
une corne d'abondance.
Dans la ThciTalie , on donnolt trois yeux à Jupiter.
On dit que Laomedon , & enfuite le Roi Priam , avoient
fait placer cette ftatue de Jupiter dans une cour, au
milieu de leur Palais: c'eft ce que Virgile nous apprend
par cette delcription :
jEdièus in mediis , nudoque fub atheris axe
Ingens ara fuit , juxtaqut vettrrima laurus
Incumbms arcs , aique umbrd complexa Pénates.
Virgil. iEneid. lib. II.
Au milieu du palais de Priam , & fans aucune autre
couverture que celle du ciel même , il y avoit un grand
autel, proche duquel s'élevoit un laurier très-ancien,
appuyé contre l'autel, & qui couvroit de fon ombre les
Dieux tutélaires de ce palais.
F
^2 THEORIE
Lorfque Troycs fut lurpriie par les Grecs , Priam ,
accompagné d'Hécube fa femme , & de Tes filles, s'étoit
réfugié vers ce même autel , embrafTant les fimulachres
des Dieux qu'il invoquoit vainement , car il y fut maffa-
cré de la main de Pyrrhus.
Stenebus , fils de Capaneus , fit tranfporter enfuite
cette flatue à LarifTe. Or , quel que foit l'artifle qui a
Tait cette figure , je crois que les trois yeux qu'on y re-
marque font le fy mbole de la triple puiiTance de Jupiter :
de deux yeux il regarde la terre ôc la mer, ôcdutroi-
iieme il regarde le ciel.
On repréfentoit le Roi Lyfimachus avec une corne
au front , parce qu'un taureau qu'Alexandre étoit prêt
de facrifier , ayant rompu les liens , & s'étant échappé,
ce Roi laififiant le taureau par les cornes , l'arrêta avec
(es deux mains , & le ramena au lieu du facrifice.
On met une étoile fur le front de Jules Cefar, parce
qu'on apperçut , dit-on , une comète dans le ciel le jour
qu'il fut allaffiné en plein Sénat.
On repréfente Marcus Brutus avec un petit chapeau
& deux petits poignards , parce que, le jour de fon for-
fait, le peuple courut parla ville, un chapeau fur la
tête ( le chapeau eft l'emblème de la liberté ) & qu'il
parut que les poignards dont s'étoient fervi Brutus &
CafTius, ctoient les inflrumens qui avoient rétabli la li-
berté dans Rome.
Les Romains avoient coutume de joindre & de dé-
dier enlemble , dans leurs gymnafes ou collèges , les fl:a-
tues de Mercure &c de Minerve : Ciceron les appelloit
Hermathenes , c'efl à-dire , flatues de Mercure & de
fta
DE LA FIGURE HUMAINE. 43
Minerve , pol'ées fur un mémepiédcftal. (Lettres de Ci-
ccron à Atticus , liv. I , lett. x ). Ce que vous m'écrivez
( dit-il) au (bjet de votre Hermathene , m'a fait le plus
grand piaifir: c'eft un ornement très-convenable à notre
Académie, parce que Hermès eft commun à toutes
les fciences , & que cette Académie eft confacrée
particulièrement à Mmerve. Or lesHermatbenes reflem-
bloient aux autres ftatues d'Hermès; c'ëtoient des pié-
deftaux plutôt que des ftatues, dont les têtes pouvoient
le cbanger ; & lorfqu'on y plaçoit les deux têtes de
Mercure & de Minerve , jointes enfemble, on les ap-
pelloit Hermathenes : ce nom étant compofé de deux
mots grecs Ep/^îï? , Mercurius , & aShi^ , Minerva.
Des colojjes les plus célèbres.
Pour la hardieft'e de la grandeur des figures , il y en
a des exemples innombrables , puifque nous voyons
qu'on a imaginé des maffcs énormes de ftatues appellées
coloftales , qui font égales à des tours. Tel eft l'Apollon
au Capitole, apporté de la ville d'Apollonie dans le
Pont, par M. Lucullus. Il a trente coudées de baut, Ôv
a coûté 500 talens (i). Tel eft le Jupiter du cbamp de
Mars, confacré par Cl. Ce far , &: qu'on appelle Pom
peyen , parce qu'il eft procbe du théâtre de ce nom.
Tel eft celui de Tarente , fait par Ly fippe : il a quarante
coudées. Ce qu'il y a d'étonnant c'eft que , par la juftefle
de fon équilibre, on peut ( dit-on ) le mouvoir à la
(i) Deux millions trois cent cinquante mille livres.
''fit
44 THÉORIE
main , fans cependant qu'aucun ouragan puifle le ren-
verfer. On dit que l'artlfte a prévenu cet inconvénient ,
en oppofantune colonne a peu de dirtance de la ilatue,
du côté où il fallolt principalement rompre le vent. La
grandeur & la difficulté de la mouvoir ont empêché
Fab. Verrucolus d'y toucher , quand il a tranfporté du
même endroit l'Hercule qui eft au Capitole.
Le plus admiré de tous les coloffes fut celui du Soleil
à Rhodes ; il avoit été fait par Charès de Linde , élevé
de Lyfippe; cette figure avoit foixante-dix coudées de
hauteur. Elle fut renverfée , cinquante-fix ans après ,
par un tremblement de terre : mais toute abattue qu'elle
eft, on ne faurolt s'empêcher de l'admirer. Il y a peu
d'hommes qui pulflent embraffer fon pouce : fes doigts
font plus grands que la plupart des llatues : le vuide de
fes membres rompus reflemble à l'ouverture de vaftes
cavernes. On voit au-dedans des pierres d'une groffeur
extrême, dont le poids rafFermifibit fur fa bafe. On dit
qu'elle fut douze ans à faire, & qu'elle coûta 300 ta-
lens (i), qui furent le prix des approvlfionnemens que
le Roi Demetrius avoit laifles devant la ville , quand il
en leva le fiége , ennuyé de fa longueur. Pline ^ liv.
XX XIV y chap. VU yfecl. XVIII.
Ce coloiîe demeura abattu commue il étoit fans qu'on
y touchât , pendant 894 ans , au bout defquels , l'an de
Jefus-Chrift 671 , Moawias, le fixieme CaUfe ou Em-
pereur des Sarrafins , ayant pris Rhodes, le vendit à
un Marchand Juif, qui en eut la charge de neuf cent
(i) Un million quatre cent dix mille livres.
DE LA FIGURE HUMAINE. 45
chameaux; c'eft-à-dire , qu'en comptant huit quintaux
pour une charge , l'airain de cette ftatue , après le déchet
de tant d'années par la rouille , 6cc. & de ce qui vral-
(emblablement en avoit été volé , fe montoit encore à
fept cent vingt mille livres , ou à fcpt mille deux cent
quintaux. P rideaux , pan. II , liv. 11.
Il y a encore dans la même ville cent autres colofles
plus petits , mais qui fiiffiroient chacun pour illuftrer la
ville où ils feroient. Outre ceux-là, il y a cinq colofles
de Dieux, faits par Briaxis. L'Italie a produit auffi des
colofl'es : car nous voyons dans la bibliothèque du temple
d'Auguile , l'Apollon Tofcan , qui a cinquante pieds
depuis le pouce , & dans lequel on ne fait ce qui eft le
plus admirable ou du bronze , ou du travail. Sp. Carvi-
lius, avec les cuirafl'es, les cafques, & les armures de
jambes des Samnites vaincus , a fait faire un Jupiter qui
efl: au Capitole. Sa grandeur efl: telle qu'on le voit de la
place où efl: le Jupiter Latiarius. De la limaille de cette
(latue il fit faire la fienne , qui efl aux pieds de celle du
Dieu. Deux têtes au même Capitole attirent l'admira-
tion : elles ont été confacrées par le Conful P. Lentulus :
l'une efl: faite par Charès, dont nous avons parlé plus
haut ; l'autre par Décius. Mais celle du dernier perd
tant à la comparaifon , qu'elle paroît l'ouvrage d'un ar-
tifl:e abfolument fans mérite.
Mais de notre tems , Zenodore a furpafl!e toutes les
grandes figures de cette efpece par un Mercure qu'il a
fait dans une ville des Gaules en Auvergne. Elle fut dix
ans à faire , & coûta 400000 petits fefterces (i). Après
i) Qua;r(; >cni iinll: Jivr;s.
^
46 THÉORIE
que cet artilte eut allez tait connoitre ion talent dans ce
pays, il fut appelle à Rome par Néron , dont il fit la
rtatue coloflale de cent dix pieds de hauteur. Elle fut
enfuite confacrée au foleil , les crimes de ce prince
ayant fait détellerfa mémoire. Nous admirions dans fon
attelier la refTemblance parfaite non-feulement dans la
figure de terre qui fut le modèle de l'ouvrage , mais
encore dans les petits modèles ou efquifles qui avoient
fervi d'études pour le grand. Cette Itatue fit voir que
l'art de fondre le bronze étoit perdu , car Néron étoit
difpolé à ne pas ménager l'or & l'argent, & Zcnodore
n'étoit inférieur à aucun des anciens Statuaires pour la
fcience de modeler & de réparer. Lorfqu'il faifoit fa
ftatue en Auvergne , il copia pour Vibius Avitus , Gou-
verneur de la Province, deux vafes cifelés de la main
de Calamis, dont Céfar Germanicus, qui les aimoit
beaucoup, fit prélent à Caffius Silanus, oncle d' Avitus,
fon précepteur. La copie étoit Ci exafte qu'à peine pou-
voit-on appercevoir quelque différence dans le travail.
Ainfi , plus Zenodore étoit habile , plus il eft aifé de
voir qu'on avoit perdu l'art de fondre le bronze (i).
Pline y fiiLts de la fection XV III ci-deffi/s.
Les pi. XXXÎII & XXXIV, XXXV & XXXVI ,
offrent la repréfentation de diverfes têtes caraftérifées,
pour des flatues plus grandes que le naturel.
La pi. XXXVII contient quatre têtes d'Athéniens
dans différentes attitudes, tirées des monumens antiques.
(i) Voyez la réfutation de cette abiurdité de Pline , dans une des notes
que M. Falconnet a ajoutées à fa traduflion des livres XXXIV, XXXV, &
XXXVI de cet Auteur, imprimée àAmllerdam en 1771 , /«-8°. page 41.
p
CHAPITRE VI.
Des Jîatues denfans.
A R M I les modèles de ftatues qui nous refient de
l'antiquité , il faut toujours choifir les meilleurs, & imi-
ter dans chacune ce qui convient le mieux à chaque
âge. Pour l'enfance , par exemple, nous en avons un
exemple très-partait dans ces génies enfans qui fe voient
autour de la ûatue du Nil, dans les jardins du Vatican :
ils font ronds & délicats, dans des attitudes folâtres &
badines , les uns rampans pour ainfi dire à terre , les
autres s'efForçant de monter fur les grands membres &
lur le corps de leur père , comme fur une haute mon-
tagne. Les enfans que l'on voit auprès de la flatue du
Tibre , allaités par une louve , font dans le même carac-
tère. ,
Les anciens nous ont laiffe un exemple d'un âge un
j)eu plus avancé, mais cependant encore enfantin, dans
le Cupidon dormant couché fur la dépouille d'un lion,
tenant un flambeau de fa main gauche.
L'enfant que l'on voit à coté de la flatue de Léda , qui
joue avec un cygne, & l'Hercule enfant qui étouffe un
!erj)ent, étant encore au berceau, font des modèles d'un
âge fuperieur aux précédens.
Enfin on a un modèle d'enfant d'un âge eiK:ore plus
avancé , dans le jeune Grec qui fe mêle dans les combats
du Cefle.
■j\x
48 THÉORIE
Tous ces divers caraâeres d'enfans , qui ont encore
l'embonpoint & la grofl'eur des membres de l'enfance ,
fe voient à Rome lur les marbres antiques.
Les petits enfans doivent fe repréCenter avec des
mouvemens prompts , & des contorfions de corps quand
ils font aflls. Etant debout , ils doivent paroitre craintifs
& peureux. Léon, de Vinci y chap. LXl.
Tous les petits enfans ont les jointures déliées , & les
efpnces qui font entre deux plus gros: ce qui arrive parce
qu'il n'y a fur les jointures que la feule peau, fans autre
charnure que d'une nature nerveufe , laquelle attache &
lie les os enfemble , & toute la chair molette & pleine fe
trouve entre Tune & l'autre jointure enfermée entre la
peau & les os. Mais parce que dans les jointures les
os Ibnt plus gros qu'entre les m.êmes jointures, la chair,
à mefure que l'homme croît , vient à laiffer cette fuper-
fluité qui demeuroit entre les os & la peau, il bien que
la peau s'approche plus près de l'os , & vient à rendre
les membres plus déliés autour des jointures , parce
que n'y ayant point-là de cartilages & de peau nerveufe,
elle ne peut fe déflecher, & fans défîecher elle ne dimi-
nue point. De forte que, par ces raifons, les petits enfans
font foibles & décharnés aux jointures, & gras entre
les mêmes jointures , comme il paroît à leurs doigts, aux
bras , aux épaules, qu'ils ont menues, cavées , & lon-
gues. Mais tout au contraire un homme eft gros &
noueux par-tout aux jointures des- bras & des jambes;
&■ au lieu que les enfans les ont creufes , ceux-ci les ont
relevées. Léon, de Vinci , chap. CLXVllI.
Entre les hommes & les enfans je trouve une grande
différence
DE LA FIGURE HUMAINE. 49
différence de longueur de Tune à l'autre jointure , d'au-
tant que l'homme a depuis la jointure des épaules ju(-
qu'au coude , du coude au bout du pouce, & de l'ex-
trémité d'une épaule à l'autre une largeur de deux têtes :
& à l'enfant cette largeur n'eft que d'une tête ; parce que
la nature travaille premièrement à la compofition de la
principale pièce , qui eft le fiége de l'entendement ,
plutôt qu'à ce qui concerne leulement les efprits vitaux.
Léon, de Finc'i , chap. CLXIX. Voyez les différentes
figures d'enfans repréfentés flir la planche XXXVIIÏ.
L
CHAPITRE VII.
Des proportions de la femme.
E cercle , ou la figure circulaire , dominent dans la
forme de la femme : Platon afîhre cjue c'efl la figure la
plus belle (i). Le cercle & la forme arrondie font fes
élémens primitifs , & font la caufe & le principe de
toute beauté : comme dans l'homme le cube & le quatre
font les élémens de la force , de la grandeur , & de la
grolFeur. Les élémens de la figure humaine font diffé-
rens dans l'homme & dans la femme , en ce que dans
l'homme tous les élémens tendent à la perfeûion, comme
le cube & le triangle équilatéral : dans la temme, au
contraire , tout fe trouve plus foible & plus petit. D'où
il arrive que , dans la femme, la perfe£lion ell moindre ,
(i) Voyez la citation latine de Ciceron , page 6-
—— Mil— ■■!■»— 1——W
G
r
^o THÉORIE
mais l'élégance des tormes eft plus grande : au lieu du
cube qui eftafFoibli dans la figure de la femme, c'eft un
quarré-long ou parallelograme-reûangle, dont les côtés
font inégaux ; & au lieu du triangle c'efl une pyramide :
au lieu du cercle , c'ell un ovale. De-là , on peut inférer
que, pour la perfeftion des formes, la femme tient le
fécond rang après l'homme, étant plus fujette que lui à
la prédelHnation : la forme de l'homme n'a donc befoin
d'aucun autre animal , mais elle eft conftruite fur fes
propres principes : l'idée de la beauté de l'homme ayant
été créée parfaite , comme il eft très-probable qu'elle a
exifté primitivement dans Adam & dans le Chrift.
De la perfeclion des diverfcs parties du corps de la femme.
Voici les modèles de beauté que les habiles artiftes,
foit Peintres ou Sculpteurs , ont déterminés pour le corps
de la femme. Il faut, félon eux, qu'elle foit d'une ftature
médiocre , qu'elle ne tombe point dans le défaut d'être
ou trop grande , ou trop petite , mais qu'elle tienne un
jufte milieu, avec une proportion élégante dans fes
membres , conformément aux exemples que nous ont
laiftés les anciens Sculpteurs Grecs.
Le corps ne doit être ni trop mince ou trop maigre ,
m trop gros ou trop gras , mais d'un embonpoint mo-
déré , fuivant le modèle des ftatues antiques,
La chair folide , ferme , & blanche , teinte d'un rouge-
pâle , comme la couleur qui participe du lait & du fang,
ou formée par un mélange de lys & de rofes.
Le vifage gracieux , qui ne foit défiguré par aucune
DE LA FIGURE HUMAINE. 51
ride : le col un peu longuet , charnu , tait lu tour , d'un
blanc de neige , dégagé , & i'ans aucun poil.
Les épaules médiocrement larges : les bras ronds &
molcts : la main longue ÔC charnue , les doigts allongés
I & flexibles , qui Te pHent & fe courbent pour toucher
avec légèreté.
La poitrine unie & ample , avec un peu d'élévation :
les tettons ou mammelles doucement (éparés, ronds,
! point flafques ni mois , faillans modérément llir la poi-
trine. Les reins vers la ceinture doivent être plus étroits
que le haut du corps , enibrte que cette partie ait une
forme triangulaire.
Le pli des hanches, la hanche ouïe haut de lacuiiïe ,
& les cuilîes elles-mêmes doivent être larges & amples.
La peau du ventre ne doit pas être lâche, ni le ventre
pendant , mais mollet & d'un contour doux & coulant
depuis fa plus grande faillie jufqu'au bas du ventre. La
partie naturelle petite & relevée.
La partie du dos qui eft entre les deux aiflelles doit
être plate , un peu enfoncée dans le milieu , & charnue ,
enforte qu'il y ait comme un fillon le long de l'épine
du dos, & qu'on apperçoive à peine le contour des
épaules.
Les fciTcs rondes , charnues , d'un blanc de neige, re-
I troulîees, & point du tout pendantes. La cuifîé enflée ,
lur-tout du côté où elle fe joint aux feiles : le genou
charnu & rond.
La jambe doit être droite, dont le gras faille avec
élégance , faite au tour, allant en diminuant avec grâce ,
comme une pyramide, julqu'au talon. Lejjied petit &
» jeiKa.rsaiAiV ' ^iia9 \tK%s'i ' i ' SK r kimi,jèsu !' i3 ' ^^aaiiaaar v. h^
SI THÉORIE
bien proportionné , avec une tumeur charnue iur la
partie Tupérieure appellce coude-pied. Ne vous lafTez
point , dit Ovide , de louer les grâces de Ton viiage , la
beauté de Tes cheveux, la délicateife de Tes doigts, & la
petiteffe de fon pied.
Nec facitm , me te pigeai laudare caplllos ,
Et tentes digitoi , exlguumque pcdem. Ovid.
En un mot , dans la figure de la femme , il faut obfer-
ver que fes traits ou les contours de ies mufcles , fa fa-
çon de fe pofer , de marcher, de s'afTeoir, tous fes
mouvemens & toutes fes aâ:ions foient rcpréfentés de
manière qu'on n'y apperçoive rien qui tienne de
l'homme ; mais que , conformément à fon élément pri- if
mitif , qui eft le cercle, elle foit entièrement ronde ,
délicate, &fouple , & entièrement oppoiée à la forme
robufte & virile.
A la beauté des formes & des contours délicats de la
femme, il faut ajouter beaucoup de modeftie , & une
grande fimplicité & égalité dans fa contenance. Il faut
(br-tout éviter avec foin , foit dans fes membres, loitl;
dans fes attitudes, toute roideur & apparence de muf-h
des. Enfin, lorfqu'une femme eft debout, la diftance
d'un pied à l'autre, & quand elle eftaffife, l'écartement
de fes cuifles doivent être ajuftés fuivant les règles de
la bienféance, dans la raifon de la pyramide qui préfide
aux aftions de la femme , d'autant plus que la pyramide
renverfée eft également l'hiéroglyphe de la femme , de
même que le cube domine dans les aftions de l'homme ;
d'où il luit que daiis les différentes attitudes de ce dernier,
BCVRj
DE LA FIGURE HUMAINE. 53
Ibit debout, loit alfis , les jambes & les pieds font tou-
jours écartes l'un de l'autre.
On obTervera que la même figure ne domine point
dans les aûions & dans la forme des membres ; car la
pyramide correfpond à tout ce qui conlHtue l'homme,
on ce que toutes les parties fupérieures tont plus larges
que les inférieures , comme les épaules , le dos , la poi-
trme , &c : mais le cube préfide à fes aûions. Au con-
traire, la forme ovale préfide à la figure de la femme,
parce que la rondeur & l'alongemcnt fe remarquent
dans tous fes membres : mais la pyramide préfide à fes
a£lions , comme on vient de le remarquer.
Il faut que les femmes foient repréfentées en des ac-
tions retenues & pleines de modeftie, les genoux ferrés ,
l-'S bras recueillis enfemble , la tcte humblement incli-
née , & penchante un peu de côté. Léon, de Vinci , chap.
LXIV.
Aux femmes & aux jeunes gens, il ne fied pas bien
d'ctre en des avions où les jambes foient écartées & trop
ouvertes, parce que cette contenance paroit hagarde &
trop effrontée : mais au contraire les jambes & les cuifi^es
ferrées témoignent de la modeftie. Léon, de Vinci ^ chap.
CCLÎX.
On voit fur la planche XXXIX que la beauté du nez
humain ell: imitée de celle du cheval , lequel efi droit &
tiré , très-peu charnu , & dont les oflemens font refi'entis:
la narine efi également grande , longue , ronde , & fort
ouverte dans l'un & dans l'autre.
Sur la planche XL on fait une comparaifon de la
! bouche humaine avec celle du cheval : & l'on y voit
•
que la ievre de delîus avance un peu plus que celle de
deiTous , &c que la dillance qui Te trouve entre le nez &
la bouche ei\ fort courte à l'un & à l'autre.
La planche XLI offre diverfes figures du torfe de la
femme debout, où l'on peut voir que fon attitude na-
turelle eu. d'avoir les jambes & les cuiffes ferrées l'une
contre l'autre, conformément aux préceptes ci-deiî'us.
On voit fur la planche XLII d'autres exemples de la
même règle dans diverfes figures de femmes debout.
On a donné fur la planche XLIII plufieurs figures de
femmes debout & couvertes de draperies, d'après quel-
ques flatues antiques.
La planche XLIV eft un Bacchanale dans le goût an-
tique, de la compofition de Rubens.
Il eut été à defirer que Rubens eût fait l'application
des préceptes ci-deffus fur les proportions du corps de
l'homme , & de celui de la femme , à des exemples choi-
fis puifés dans la nature : mais comme il n'en fait aucune
mention dans fon livre , nous fuppléerons à cette omiflion
de fa part , en donnant dans un fécond volume, fervant
de Supplément à celui-ci , un Recueil d'études de diver-
fes parties du corps humain, & d'académies entières,
deffmées d'après nature , auxquelles on pourra avoir
recours.
Nous terminerons cet ouvrage par un précepte tiré
de l'art de peinture d'Alphonfe Dufrenoy. On peut ,
dit-il, dans la pemture commettre des fautes de toutes
fortes de façons ; femblables aux arbres d'une forêt, elles
fe multiplient à l'infini , & parmi la quantité de chemins
qui peuvent égarer , il ne s'en trouve qu'un feul qui con-
DE LA FIGURE HUMAINE. 55
duile au but. De même que dans le grand nombre de
lignes qu'on peut tirer d'un point à un autre , il n'y en a
qu'une droite , toutes les autres font plus ou moins cour-
bes félon qu'elles s'en éloignent plus ou moins. Pour s'en
garantir, il faut imiter la belle nature, comme l'ont pra-
tiqué les anciens, &en faire un heureux choix, fuivant
que le fujet qu'on fe propofe de repréfenterle demande.
Errorum ejl plurima fylva ,
Multiplîcefque vice , bene agendi terminus unus,
Linea recîa velut fola ejl & mille recurvce.
Sed juxtà antiques naturam imitabere pulchram ,
Qualem forma rei propria , objectumque requirit.
FIN.
APPROBATION.
»f 'ai lu par ordre de Monfeigneur le Chancelier un manufcrit qui a pour
titre : Ihcorie de la figure humaine^ avec quarante- quatre plr^nches ; il ne con-
tient rien qui me paroiffe devoir en emi-êcher l'impreflion. A Paris , ce 3
Juillet 1773. LE BEGUE DE PRESLE.
PRIVILEGE DU ROI.
L.
ouïs, par In grâce de Dieu , Roi de France & de Navarre : A nos
amés &; tëaux Confeillers les Gens tenant nos Cours de Parlement, Maîtres
des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Confeils Supérieurs, Prcvôt de
Paris , Haillif:> , Scncchaux , leurs Lieutenans Civils , & aufes nos Jufticiers
qu'il appartiendra : Salut. Notre amc le Sieur Jombert , père, nous a fait
cx|)ofer qu'il defiroit faire imprimer ôi donner au Public un Ouvrage
MiiUulii : Théorie de ta figure humaine ; Catalogue raij'onné de l'CSuvre ae
Sébajïnn U CUrc , s'il nous plaifoit lui accorder nos Lettres de permillîon
pour ce néceflaires. A CES causes, voulant favorablement traiter
î'Expofant , nous lui avons permis & permettons par ces Prcfentes , de
faire impri;ner lefdits Ouvrages autant de fois que bon lui femblera , & de
les faire vendre & débiter par-tout notre Royaume pendant le tems de
trois années confécutives à compter du jour de la date des Préfentes. Fai-
fons dcfenfes à tous Imprimeurs , Libraires , & autres perfonnes de quel-
que qualité & condition qu'elles foient d'en introduire d'impreffion étran-
gère dans aucun lieu de notre obéiffance ; à la charge que ces Préfentes feront
enregiftrées tout au long furie regiftre de la Communauté des Imprimeurs &
Libraires de Paris , dans trois mois de la date d'icelles. Que l'impreffion
defdits Ouvrages fera faite dans notre Royaume , & non ailleurs , en beau
paoier & beaux caraderes ; que l'Impétrant le conformera en tout aux Régle-
mens delà Librairie, & notamment à celui du jo Avril 1725 , à peine de
déchéance de la préfente Permiffion; qu'avant de l'expofer en vente , le
manufcrit qui aura fervi de copie à l'impreffion defdits Ouvrages, fera
remis dans le même état cii l'approbation y aura été donnée , es mains de
notre très-cher &: féal Chevalier Chancelier Garde des Sceaux de France le
fieur DE Maupeou ; qu'il en fera enluite remis deux exemplaires dans notre
Bibliothèque pubhque , un dans celle de notre château du Louvre , & un
dans celle dudit Sieur de Maupeou ; le tout à peine de nullité des Préfen-
tes: du contenu defquelles vous mandons & enjoignons de faire jouir ledit
Expofant & fes ayans-caufe pleinement & paifiblement, fans fouffi-ir qu'il
leur foit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons qu'à la copie des
Préfentes , qui fera imprimée tout au long au commencement ou à la fin
defdits Ouvrages, foi foit ajoutée comme à l'original. Commandons au pre-
mier notre Huiffier ou Sergent fur ce requis , de faire , pour l'exécution
d'icelles ,tous aâes requis 6c nécefTaires, fans demander autre permiffion,
& nonobliant clameur de haro , Charte normande èc Lettres à ce con-
traires. Car tel eft notre plaifir. Donné à Compiegne le quatrième jour
du mois d'Août l'an mil fept cent foixante-treize , & de notre règne le cin-
quante-huitième. Par le Roi en fon Confeil, LE BEGUE.
RegifiréfurleRegiftre XIX de la Chambre Royale & Syndicalt des Libraires
& Imprimeurs de Paris , N°. 2465, folio 120, conformément au Règlement
de 1723. A Paris , ce 13 Joûc 1773. C A. JOMBERT, père. Syndic.
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PLiUu- sxv.
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JiiWaié dcàri
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7/ieoj^ic ,7<' 1,7 Fiqurc Ilunuiinc
J'/j,,./).' XJiTTI
Riil'c/i.',^./ii,
/*- 1 t>i'/t/t t- K^^lttlK'
Théorie de la I'\qwv Huf naine Plaïuhe ixvm
Bair/ijjt/ui ■
J-*ylve/inc SctJp/
T/ieo/te c/c la Fuju/v niipiiuiu- ruju- xnx
tiiihrn,: deuru'
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Thcorie de la I'\aur& Hwnain&
l'Landie.XKX^
Hubett/I Jein
-P. .■! velaie xSaUpa
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Planche . XXXI
Rutem . delin^
T ^l'e/tnj Sculyj
'Iliccm Jif la l!\oxtr<r Hiuiiaine PLincfu- xxxn
/^iihen^ deùn
^.^dve/ine SculptS.
Théorie de Li l'unirc Humaine
n^uhf 'KTXJ TT
-RulenJ Jflin.
J'^-zinebriA SczJp^.
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TJicone de la J^icin/c Humaine
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Théorie de la Figure fliinuiiiif
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TlanJte^ ■ ^T.TT
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TJif'j'rie iJi" la Fujure Humaine
PLiiuJur . XI. m. \ ,
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Théorie Je /a Fiaure Humaine
P/ancflf XLIV.
Jiuhené drftn ,•/ thv
^.^veùne Sculpd.
HMMia
S U ITE
DE LA THÉORIE
DELA
FIGURE HUMAINE.
SECONDE PARTIE^
CONTENANT LES PRINCIPES DE DESSEIN.
Si
PRINCIPES
DE DESSEIN,
APPLIQUÉS A LA PRATIQUE.
Où l'on trouve quantité d'exemples de toutes les parties du corps
humain , plufieurs figures d'Académies , différens fujets très-
variés , propres à former le goût , & divers payfages : le tout
d'après les meilleurs Maîtres de l'Ecole Françoife moderne.
rr ';r'iii_ in O
A PARIS, RUE DAUPHINE,
Chez CHARLES - ANTOINE JOMBERT, Père, Libraire
du Roi pour l'Artillerie & le Génie.
M. DCC. L XX III.
PRINCIPES
DE DESSEIN,
APPLIQUÉS A LA PRATIQUE.
Du dejfein , & de la manière de l' étudier.
ANS nous arrêter aux différentes défini-
tions du deffein que l'on a donné jufqu'ici,
dont la plupart Ibnt plus curicuf'es & re-
cherchées qu'inftruûivcs, nous dirons que
c'ell: l'art d'imiter la forme des objets qui
fe préfentent à nos yeux. Le deffein cdle fondement de
la peinture, il en efl la partie la plus efrentielle,pour ceux
qui fe deftinent à cette noble profefTion. On ne fauroit
donc s'y prendre trop tôt pour en apprendre les pre-
miers élémens , d'autant plus que dans l'âge le plus ten-
dre , la main encore docde fe prête plus aifément à la
fouplcffe qu'exige cette forte de travail. Pour parvenir
à bien deifiner, il efl: néceffairc d'avoir de la juilefie
PRINCIPES
clans les organes qu'on y emploie , &: de les y former par
une longue & continuelle habitude.
Toute la pratique de l'art du deffein fe réduit à trois
choies ; lavoir, le deffein d'après les études des grands
Maîtres, celui qui fe fait d'après la boffe, & le deflein
d'après le modèle vivant, ou d'après nature. Nous allons
détailler ces trois manières dans les articles fuivans.
Du dcjjcin d après les études des grands Maîtres.
Les premiers delTeins qu'on donne à copier aux jeunes
élevés font faits ordinairement, d'après nature, par un
habile Maître. La planche i de ce recueil repréfente
des ovales de tête vues de face , de trois quarts, de
profil , levées , baillées , &c. C'eft par-là qu'un élevé
doit commencer : il doit s'exercer à les tracer au crayon
jufqu'à ce qu'il en ait faiii les divifions & les lignes fur
lefquelles font pofés les yeux , le nez , la bouche , les
oreilles , &c : parce que c'eftde ce principe bien conçu
que l'on parvient à mettre enfemble une tête , dans
quelque fituation qu'elle fe trouVe. Il copiera enfuite
toutes les parties de la tête , prifes féparément , repré-
fentées fur les planches 5,4, 5, & fuivantes, qui offrent
un choix d'études faites par les plus habiles artiftes de
l'Académie royale de Peinture & de Sculpture, très-
propres pour fervir de modèles à ceux qui voudront
s'inftruire dans l'art du deffein. Ces douze premières
planches font gravées par M. Pafquier, d'après MM.
Dandré Bardon & Boucher. Il y a cinq planches d'yeux
dans toutes fortes de pofitions, trois planches d'oreilles,
■—1^— ——!■—■■— ——n—i
DE DESSEIN.
7
& deux de nez & de bouches : on ne peut rien voir de
mieux exprimé , ni de plus propre à former le goût &
la main des jeunes gens.
L'élevé paflera enfuite aux têtes entières, en faifant
ufage des principes qu'il vient de copier ; c'eil-à-dire ,
par exemple, qu'il doit faire attention que les lignes
fur lefquelles font placés les yeux , le nez , la bouche ,
& les oreilles , font parallèles entre elles , & que , quoi-
que ces lignes ne foient point tracées fur l'original qu'il
a devant lui , ce principe n'y eft pas moins obfervé
exaftement. D'après ces confidérations , il commencera
par efquiiîer ou tracer légèrement le touî-enfemble de la
tête; en comparant les parties les unes aux autres , &
aux diftances qui les féparent , il examinera û ion def-
lein eft conforme à l'original. Alors il donnera plus de
fermeté à cet enfemble ; c'eft-à-dire, qu'il afTurera davan-
tage ce qu'il vient d'efquifler : puis il y ajoutera les
ombres, en fuivant exaÛement Ion original. Il établira
d abord les principales mafTes d'ombres , qu'il adoucira
vers la lumière par des demi-teintes , en chargeant
moins de crayon Ion deifein. Il comparera aufli les par-
ties ombrées les unes aux autres , les demi-teintes aux
reflets, & il réfervera fes derniers coups de crayon pour
les touches les plus fortes.
L'élevé continuera à copier des dcfleins de tétcs vues
de différcns côtés, jufqu'àce qu'il fe foit aflez familiarifé
avec ces premiers principes pour s'y conformer pafl'a-
blcm jnt. Il deffincra enfuite des pieds & des mains , des
bras & des jambes; on en trouvera des exemples fur les
douze planches (uivantes , depuis le n". 1 5 jufques &
— — —— - —
8 PRINCIPES
compris le n*\ 24. Elles font gravées par le même M.
Pafquier, d'après les deffeins du célèbre Bouchardcn ,
& de MM. Lemoine, Boucher, & Natoire , trois des
plus habiles Peintres de notre école moderne _, dont le
nom feul vaut un éloge.
Après ces études réitérées, Téleve copiera des def-
feins d'académies, ou ligures entières; mais auparavant
il doit apprendre à en connoître les proportions géné-
rales. En commençant ion deffein , il s'attachera à Taifir
le tour ou le mouvement de la figure qui lui fert de
modèle , en l'erquifTant légèrement au crayon. Il obfer-
vera llir ce modèle les parties qui ie correfpondent
perpendiculairement & horizontalement , afin de les
mettre chacune à leur place , les unes à l'égard des au-
tres. Aidé par les proportions qu'il connoît déjà , il le
conformera à celles du deflein qu'il copie; c'eft-à-dire ,
aux proportions réciproques & au rapport de toutes les
parties avec la figure entière. Enfin lorfqu'il croira être
iùr de toutes ces choies , il fortifiera les contours de fa
figure , en y donnant toutes les finefles de détail , le
caraôere , & la légèreté de l'originni. Il indiquera les
formes extérieures & apparentes , occafionnées par la
pofition intérieure des mufcles , les malTes d'ombre &
de lumière. C'eft ce que l'on appelle mettre enfemble
ou au trait une figure. Alors il finira Ion deiTein , c'eft-
à-dire, qu'ill'ombrera, comme nous avons ditci-deflus ,
en obfervant la comparaifon des ombres avec les demi-
teintes & les reflets du defTein original.
Il faut commencer par établir légèrement toutes les'
maffes d'ombre , afin de pouvoir les porter petit à petit 1
au
DE DESSEIN.
au ton de celles de Ton exemple , en fe réfervant pour la
fin de donner les forces & les touches les plus vlgou-
reufes. On ménagera les reflets , & l'on fortifiera les
endroits qui n'en reçoivent point ; on fera bien attention
aux demi-teintes qui lient les lumières aux ombres d'une
manière infenfible , & qui empêchent les ombres de
trancher. Enfin l'on fuivra de point en point ce qu'on a
fous les yeux ; car copier un deifein , c'eft l'imiter de
telle manière que l'on puifle prendre la copie pour l'ori-
ginal. Pour cet effet , il faut s'exercer à plufieurs reprifes
fur différens deffeins de têtes, pieds , mains, académies,
& figures entières d'hommes, de femmes, & d'enfans ,
de figures drapées , &c.
On peut defîiner indifféremment , foit au crayon
de fanguine ou de pierre rouge fur du papier blanc , foit
au crayon noir & blanc fur du papier de demi-teinte ,
gris, bleu, ou couleur de chair tendre, que l'on fabrique
exprès pour les deflinateurs : toutes ces manières de
deffmer reviennent au même. Si , par exemple , on def-
fine fur du papier de demi-teinte, le ton du papier for-
mera naturellement les demi-teintes, Se l'on réhauffera
les lumières avec le crayon blanc: par conféquent, on
chargera moins fon deffein de crayon de fanguine , ou
de pierre noire , pour former les ombres. Au contraire ,
lorfqu'on deffme fur le papier blanc , les plus fortes lu-
mières font formées par le papier même : on eft obligé
de faire les demi-teintes avec le crayon de couleur , &
l'on charge les ombres à proportion , fuivant fon ori-
ginal.
Par l'étude que nous venons de prcfcrire , l'élevé
B
I o
PRINCIPES
.
acquerra ce coup-d'œll jufte , cette habitude & cette
facilité à manier le crayon que l'on nomme pratique ,
qui doivent être le principal objet de ion étude, & du
tems qu'il y emploiera , s'il veut faire quelque progrès
dans l'art du deffein.
On donne dans la IIP fuite ( qui contient les douze
planches depuis le n". 15 jufqu'au n"". 36), douze
figures d'académies deflinées d'après nature , & gravées
pour la plupart par les plus habiles Maîtres de l'Acadé-
mie ;favoir, MM. Bouchardon, CoUin de Vermont ,
Tremolieres , Carie Vanloo, Boucher, & Natoire. La
quatrième fuite contient douze autres planches d'acadé-
mies, depuis le n*^. 57 jufqu'au n".48, defîinées pareil-
lement d'après nature , & en partie gravées par les mêmes
Académiciens : les autres planches de figures d'acadé-
mies font gravées par MM. Cochin père , Aveline ,
Perronneau, & Soubeyran, tous excellens Graveurs ,
qui fe font attachés à bien rendre l'efprit qui fait le mé-
rite des delîeins originaux. Ces morceaux peuvent être
mis entre les mains des jeunes élevés pour les copier ,
en attendant qu'ils fe trouvent affez forts pour voler de
leurs propres ailes , & pour travailler par eux-mêmes
d'après le modèle vivant.
Du dejfein d'après la bojfc.
Il y a une fi grande différence entre copier un deffein
tracé fur le papier, & deffmer d'après nature fur une
furface plate des objets qu'on voit de ronde boffe , ou
de relief, qu'il n'eft guère poffible de paffer tout d'un
"■— "Fi"Tinir'""-"irTiiiiHiiiiii—iiim n mi
1
DE DESSEIN. n
coup du deircin d'après les études des grands Maîtres à
celui d'après le modèle. On a trouvé un milieu qui aide
à pafler de l'un à l'autre, c'eftcc qu'on appelle defllner
d'après la boffe. Cette bofle n'eft autre chofc qu'un
objet quelconque, comme tête , pied , m.ain , ou figure
entière, modelé en terre ou en cire, ou de plâtre jette
en moule ; ou bien c'eft une figure de marbre , de pierre ,
de bronze , ôcc. ou enfin un bas-relief. Ces objets divers ,
qui ont la même rondeur que la nature , étant privés
de mouvement , donnent la facilité à l'élevé , qui volt
toujours fa figure fous le même afpeft , de dediner cet
objet, en fe tenant bien juile dans le même point de
vue. Dans le modèle vivant, au contraire, le moindre
mouvement involontaire & prefque inlenfible , embar-
rafie l'artifle encore novice , en lui préfentant fouvent
des furfaces nouvelles, & des effets de lumière difîc-
rens.
Dans l'étude d'après la bofle, l'attention devient plus
nécefl'aire que dans celle d'après les defl^eins; & les diffi-
cultés que l'élevé éprouve deviennent plus grandes. Il
faut qu'il raifonne & qu'il compare ce qu'il a fait , ce
qu'il va faire , & ce qu'il va voir , avec ce qu'il a vu dans
les defleins des Maîtres qu'il a copiés jufqu'ici. Il faut qu'il
connoifl!e les os par leurs noms , par leurs formes , &
leurs articulations : qu'il connoiffe les mufclcs qui les
enveloppent, leur origine, leur infertion , leurs fonc-
tions, & leurs formes, afin de pouvoir donner le carac-
tère & la reflemblance convenables au mouvement de
la figure : c'eft l'étude de l'anatomie qui doit le guider
préfentement. On trouve chez Jombert un Abrégé
Il PRINCIPES
d'anatomïe a l'ufage des Peintres , mis au jour par Tone-
bat y en un volume in-folio, que nous croyons fuffifant
pour remplir cet objet; nous n'avons pas cru devoir en
parler ici , pour éviter un double emploi. L'élevé pourra
étudier, dans cet abrégé d'anatomie, le Iqueîette hu-
main qui y eft deffiné fort en grand & vu de trois côtés :
l'écorché y efl: pareillement repréfenté, avec des lettres
de renvoi pour le difcours d'explication qui eft vis-à-
vis. Le fruit qui réfultera de cette étude le conduira à
defîiner d'après la bofle &: enfuite d'après nature , avec
connoiiTance & difcernement , & à donner à toutes fes
produ6tions un caraftere de vraifemblance.
Les principales figures antiques que nous connoiflbns
font l'Hercule Farnèfe , l'Antinoiis , l'Apollon, la Vénus
de Medicis, leLaocoon, le Torfe , &c. & tant d'autres
qui offrent aux artiftes les moyens de connoltre les belles
tormes & l'élégance des proportions. On les trouve dé-
taillées dans le livre intitulé : Méthode pour apprendre le
dejjein, par Charles- j4ntoine Jombert, in-quarto. 1755 ,
chap. V, pag. 7^ & fuivantes. Comme le jeune élevé ,
curieux d'apprendre , ne peut fe difpenfer de joindre la
le61:ure de cet ouvrage à celui-ci, nous nous difpenferons
d'en parler davantage. Nous ferons obferver feulement
que ces chef-d'œuvres de l'antiquité font d'autant plus
précieux que leurs Auteurs , en les formant, ont corrigé
les défauts mêmes de la nature. Nous ajouterons que ,
par la beauté de leur choix , ces figures raffemblent cha-
cune , relativement à ce qu'elles repréfentent, un fi beau
caraftere , joint à tant de grâces, d'élégance, & de
perte£l:ion , qu'il feroit impofilble de les trouver
DE DESSEIN. 15
réunies dans un même lujet anime.
Avant que de defliner en entier ces antiques , il fera
bon d'en dcfîiner les parties féparément, comme têtes,
pieds, mains , &c : on fera enluite toute la figure. Pour
la mettre enfemble , on s'y prendra comme nous avons
dit des académies, & l'on ombrera en fuivant exaûe-
ment l'effet du modèle , & en comparant les malTes
d'ombre aux reflets & aux demi-teintes. Le but de cette
étude efl de préparer l'élevé à deffiner d'après nature ,
& de lui faire connoître les belles proportions & les
belles formes.
On deffine d'après la bofle , ainfi que d'après nature ,
au jour ou bien à la lampe , avec tel crayon & fur tel
papier que l'on juge à propos. Avant que de commen-
cer cette étude d'après nature , il fera bon d'apprendre
la perfpeûive. On n'a point jugé à propos d'en donner
les principes dans cet abrégé , mais on les trouvera très-
bien démontrés & mis à la portée des artiftes , dans le
livre qui a pour titre : Traité de perfpeciive a ïufage des
anïjles , félon la méthode de M. Sebajiien le Clerc , par
yi.Jeaurat fon petit-fils, in-quarto ^ avec beaucoup de
figures, chez Jomkert.
Du deffein d'après le modèle vivant.
Nous ferons ici la récapitulation des connoiflances
que l'élevé doit avoir acquilés en étudiant la perfpec-
tivc, l'anatomie , & les figures antiques , afin d'en faire
une jufte application.
La perfpeftive eft abfolument nécefîaire au jeune
14 PRINCIPES
artifte pour bien concevoir le plan d'une figure ou d*un
grouppe : pour exprimer les raccourcis & la diminution
des corps à melure qu'ils s'éloignent de l'œil du fpec-
tateur , & pour pouvoir mettre en même tems de l'intel-
ligence dans les mafics de lumière & d'ombre relati-
vement aux plans qu'ils occupent. Les deffeins des grands
Maîtres prouvent clairement qu'ils avoient fait une
étude iérieufe de cette Tcience, ainfi que de l'anatomie,
qu'ils regardoient comme la bafe fondamentale du def-
fein. En effet, lorfqu'on les poiTede toutes deux , non-
feulement on s'épargne beaucoup de tems & de peine, &
l'on ne fait rien auhafard; mais tout ce que l'on defîine
d'après nature , porte avec foi ce caraâere de vérité &
de précifion qui frappe au premier coup-d'œil.
. :La perfpeftive eii encore nécefl'aire pour faifir & faire
paiTer à propos un contour fur un autre, afin de chafTer
la partie qui fuit : intelligence fans laquelle l'enfembîe
fera faux , & avec l'eilet le mieux entendu , avec les
lumières & les ombres les mieux obfervées, une figure
paroîtra toujours ridicule, & n'aura pas l'aftion qu'on
fe propofoit : il en eu de même pour les grouppes de
plufieurs figures. A l'égard du fini, ou de l'effet, c'efl
aufil la peripeâive qui détermine en général le degré
de force des ombres fur les premiers plans, & leur affoi-
bliffement à mefure que les corps qui les produifent s'é-
loignent. Les ombres portées fuiventce même principe;
il faut cependant y joindre la connoiffance des effets de
lumière que l'on nomme clair-obfcur.
La connoiffance de l'anatomie cfl d'une nécefîité in-
difpenfable pour le jeune defTinateur : elle fert à lui faire
DE DESSEIN. 15
connoitre la charpente du corps humain, c'eil-à-dire , la
il:ruâ:ure des os qui modifient la forme extérieure du
corps en général , & celle de chaque membre en parti-
culier : elle lui lert encore pour donner aux mufcles leur
véritable pofition , & pour pouvoir les exprimer con-
venablement à l'aftion qu'ils ont lur les membres , &
aux mouvemens qu'ils leur impriment. C'eft par Ton fe-
cours que l'on marque davantage ceux qui font en
aéilon, & que l'on donne à ceux qui obéiffent au mou-
vement des autres -les inflexions qui forment ce beau
contrafle que l'on remarque dans la nature.
L'étude réfléchie des antiques fert à reftiiier les for-
mes , quelquefois défeftueules , de la nature , & à fe
déterminer furie choix de celles qu'il efl: plus important
de fnifir & de faire fentir ; car en étudiant la nature , il
ei\ à propos, en ne s'écartant point de la vérité, de s'ac-
coutumer à y voir principalement ce qu'elle offre de
grand & de noble , en y fubordonnant toutes les petites
parties. On doit donc s'habituer de bonne heure à faire
ce choix , par la comparaifon de la nature avec les belles
productions des antiques & les ouvrages des grands
Maîtres.
Pour defliner d'après nature , on pofe à volonté un
homme nud, foit debout, afTis, ou couché , ou dans
quelque autre attitude que ce foit , mais cependant
naturelle ; c'eft ce qu'on appelle po(er le modèle. Il
peut être éclairé par la lumière du jour, ou par celle
d'une lampe : quoique le modèle foit beau à defllner
de tous les côtés , on eft libre cependant de choifir
celui qui intércfle davantage. On dcillne indifl^ércm
TOWTWaM
i6 PRINCIPES
ment lur le papier blanc ou fur celui de demi-teinte.
On doit , comme on l'a déjà dit en parlant de l'étude
d'après des deiTeins d'académies, s'appliquer, dès le pre-
mier inftant , à faifir le tour ou le mouvement de la
figure par un trait léger , parce que le modèle peut fe
fatiguer & varier, fur-tout lorlqu'on cherche à Te pré-
parer à l'art de la compofition , dont un des plus grands
mérites eft de bien rendre l'aftion & le mouvement.
Mais lorfqu'on tend à fe perfeûionner dans celui de
bien exécuter les détails , il eft quelquefois avantageux
d'attendre , pour arrêter fon trait, que le modèle fe foit
préfenté en quelque manière, & qu'il ait pris la pofition
qui lui eft plus commode , qu'on eft fur qu'il reprendra
toujours naturellement; malgré les avis de ceux qui pré-
fèrent de faifir le premier mouvement de l'aftion. Il en
réfulte qu'on a beaucoup de facilité à étudier les parties
qui fe repréfentent toujours fous le même afpeâ. Le
fentiment qu'on ofe avancer ici pourra d'abord paroître
contraire aux leçons que donnent ordinairement les
bons Maîtres, il efi fondé fur l'expérience.
On prendra donc ici les mêmes précautions que nous
avont indiquées ci-devant pour mettre toutes les parties
bien à leur place , & fur leur plan, & l'on achèvera de
mettre enfemble fa figure , en obfervant les proportions
générales, & en indiquant lesmufclcs apparenspar des
contours & des coups de crayon plus affurés. On appor-
tera beaucoup d'attention à ne point mettre d'égalité
dans les formes , parce que la nature n'en a pas , c'eft-à-
dire , qu'une forme efi: toujours balancée par une autre
plus grande ou plus petite qui la fait valoir , de manière
que
DE DESSEIN.
17
que les contours extérieurs ne le rencontrent jamais vis-
à-vis les unes des autres, comme ceux d'un baludre ;
mais au contraire , ils femblent éviter cette rencontre ,
& s'enveloppent m.utuellemcnt. Il ne faut que confidé-
rer la nature pour s'en convaincre.
Pour ombrer ia figure, il faut commencer par établir
fes principales maffes d'ombre , en leur donnant à peu
près la moitié du ton qu'elles doivent avoir , afin de
pouvoir réferver les reflets de lumière que le modèle
reçoit des corps étrangers qui l'environnent. Si l'on con-
fidere en général tout le côté éclairé du modèle , on
n'appercevra qu'une leule mafle de lumière dans la-
quelle font des détails occafionnés par le plus ou moins
de relief qu'ont les mulcles, mais qui ne l'interrompent
pas. Ainfi il faut que tous ces détails, toutes ces parties
lumineufes foient liées enfemble de manière qu'elles ne
fafi^ent qu'un tout : en réfervant feulement à celles qui
font les plus faillantes & qui reçoivent la lumière la plus
large, les plus grands clairs.
En examinant la nature , on s'appercevra que la lu-
mière a cette propriété de rendre fenfibles tous les objets
de détails qui font dans fa mafie générale , & qu'au con-
traire les mafl'es d'ombres éteignent & confondent en-
femble ces mêmes détails, à moins qu'ils ne foient re-
flétés par d'autres objets éclairés : d'où il s'eniuit que les
ombres les plus fourdes & les plus vigoureufcs ne font
pas toujours fur les premiers plans, mais fur ceux où il
efl: impoffible qu'il foit apporté aucun reflet, ou bien
fur ceux qui font trop éloignés pour que cette lumière
de reflet puifle parvenir allez à nos yeux , & les afil'6ter
'
i8 PRINCIPES
affez fortement pour y produire quelque fenfation. En
général, les principaux grouppes de lumière font tou-
jours foutenus par les ombres portées les plus vigoureu-
fes. On peut faire ces obfervations fur pîufieurs figures
grouppées enfemble dans les eftampes & les vignettes de
ce recueil, qui fuivent les exemples de figures acadé-
miques que nous y donnons.
Enfin l'on achèvera fa figure en donnant aux ombres
toute la force que l'on verra dans le modèle , en obfer-
vant de les adoucir du côté des lumières par des demi-
teintes , afin qu'elles ne tranchent point. On fortifiera
davantage les ombres dans les endroits qui ne reçoivent
point de reflets. Il faut ménager les contours du côté de
la lumière, & donner plus de fermeté à ceux qui en
font privés. On doit faire aufli la comparaifon de toutes
les parties les unes avec les autres, afin de placer à pro-
pos les lumières & les touches les plus vigoureufes, &
de faire fentir celles qui avancent & celles qui fuient.
Par ce moyen , on parviendra à donner à fon defi'ein
toute l'harmonie & l'effet de la nature. Il faut fur-tout
s'attacher particulièrement à finir avec foin la tête , les
mains, & les pieds : ces parties bien deffinées donnent
beaucoup de grâce à une figure, & font juger ordinaire-
ment de la capacité du deiîinateur.
On doit prendre garde que ce que l'on fait de Tana-
tomie n'entraîne à faire trop fentir les muicles : c'eft un
défaut dans lequel tombent la plupart des jeunes gens.
Ils croient par-là donner un caraûere plus mâle & plus
vigoureux à leurs figures, mais ils fe trompent : ils prou-
vent tout au plus qu'ils favcnt l'anatomie. Quand on
oa
DE DESSEIN. 19
veut exprimer de la force &: de la vigueur, il taut choi-
fir un modèle plus robufte de plus nerveux , & le defli-
ner tel qu'il eft : alors on trouvera bien de la différence
entre un pareil deflein fait d'après nature, & refpece
d'écorché qu'on auroit defliné d'imagination. Ce vice
efl: d'autant plus dangereux pour ceux qui fe livrent l
cette manière, qu'il leur eft prefqu'impofiible par la
luite de s'affujettir à rendre fidèlement les grâces & la
fimplicité de la nature. On doit donc s'habitutrde bonne
heure à defïïner les objets tels qu'on les voit, en ne fe
f ervant des lumières que l'on a acquifes que pour en juger
faiiiement.
On fera ufage des mêmes principes pour defTmer d'à
près nature les femmes & les enfans , en obfervant que
les mulclesfont moins apparens, ce qui rend les contours
très-coulans.On peut voir ce que dit Rubens à ce fujet
dans la première partie de cet ouvrage, & les exemples
qu'il en donne , planches XXXVIII & fuivantes ; mais
en général , lorfqu'on veut cara6lérifcr l'enfance , l'ado-
lefcence, la vieillefle,&c, il faut en faire auffi des études
d'après nature, & faire un choix judicieux des modelés
dont on fe fervira.
Des caractères des pajfions*
L'exprefîion des partions eft une étude qui demande
beaucoup d'application , & que l'on ne doit point né-
gliger , parce que les moindres compofitions ont un
objet qui oblige nécefîairement le deffinateur de don-
ner aux tctes de fes figures le cara£lcre qui leur convient
— — — *— mmmmmmÊmm i ?
Cij
10 PRINCIPES
•elativement au fujet. Mais comment pouvoir deffiner
l après nature les divers mouvemens de l'ame ? Com-
nent pouvoir faifir, d'après une fcene comporëè de plu-
fieurs perfonnes, toutes les fenfations qui les affeftent
chacune féparément, fuivant l'intérêt particulier qu'elles
prennent au fpedacle qui les occupe , ou de haine, ou
de colère, ou de dërefpoir, ou d'étonnement, ou d'hor-
reur ? Quand on fe propoferoit de ne faifir qu'une de ces
expreffions , la tentative deviendroit prefqu'impofTible ,
^:)arce qu'elles ne font toutes produites que par les cir-
conftances d'un moment , que l'inftant d'après décom-
Dofe & détruit : c'eft à-dire, que tel homme paflera d'un
moment à l'autre de la haine à la pitié, de l'étonnement
à l'admiration , de la joie à la douleur: ou que la même
paffion fubfiftant, elle fe fortifiera ou s'afîblblira , & que
le même perfonnage prendra, pour un obfervateur at-
tentif, une infinité de phyfionomies fuccefTivement.
Voilà des difficultés prefque infurmontables pour le def-
finateur qui fe propoferoit de faifir avec la pointe de fcn
crayon des phénomènes aufîi fugitifs.
Il efl donc très-important pour le jeune deffinateur
de faire une férieufe attention aux phyfionomies des
perfonnages dans les différentes fcenes de la vie dont il
fera témoin : les images le frappent, elles le gravent
dans fon efprit, & les fantômes de fon imagination le
réveillent au befoln , fe repréfentent devant lui , &
deviennent des modèles d'après lefquels il compofe fon
fujet. Mais pour tirer un parti fur & fiicile des richeifes de
fon imagination , Il eft nécefiiiire d'avoir étudié aupa-
ravant dans les defTeins des Maîtres qui les ont le mieux
DE DESSEIN. n
rendus , les fignes qu'ils ont trouvés les plus convenables
pour exprimer dans une tête telle ou telle pafîlon. Le
jeune artifte confultera au/Ti fa railbn ôc l'on cœur, &
ne fera rien que ce qu'il fentira bien lui-même. Le cé-
lèbre le Brun , qui avoit étudié particulièrement cette
partie j nous a laifTé de très-beaux modèles de ces difFé-
rens cara£leres des paffions, que l'on peut confulter. Il
y en a une fuite gravée par Audran , qui fe vend chez
Chereau , rue Samt-Jacques. Sébaftien le Clerc a aufll
gravé les mêmes carafteres, plus en petit & au fimple
trait, en un petit livret de vingt feuilles, qui fe vend
chez JouUain fils, Marchand d'eflampes, quai de la
Mégifferie.
De l étude des draperies.
Il eft très-important pour la beauté d'une figure que
les draperies en foicnt jettées naturellement , & que
l'arrangement des plis fe reflentede la nature des étoffe s:
ainfi l'on doit, autant qu'il eil poflible, les deifiner d'après
nature, & fur un modèle vivant. Cependant comme ce
modèle eft fujet à varier, & que les moindres mouve-
mens peuvent déranger, finon la maffe générale delà
draperie , du moins la quantité des plis, & leur donner
à chaque inflant des formes différentes ; il arrive de-là
que le dcffinateur efl: obligé de paffer légèrement fur
quantité de petits détails importans , pour ne s'attacher
qu'au jeu du tout enfemble & à l'effet général , & qu'il
lupplée au refte en travaillant d'imagination. Cet incon-
vénient efl: de grande conféquence , & il apporte fou-
vent de grands défauts de vérité dans un dcffein : car il
11 PRINCIPES
eil efTentiel , comme on vient de le dire , que la Forme
des plis, leurs ombres, & leurs reflets, caraftérilent la
nature & l'elpere de l'étoffe , enlbrte que l'on pulffe
juger Cl c'eft du linge , du drap, des étoffes de loie, &c.
Or, comment rendre ce qui appartient à chacune de
ces efpeces de draperies différentes, lî les formes des
plis , les lumières, les ombres, & les reflets s'évanouif-
ient à chaque inflant, & ne paroiffent jamais dans leur
premier état, fur-tout lorl'que les étoffes l'ont légères &
caffantes?
Voici le moyen dont on fe fert pour remédier à cet
inconvénient , 6c pour étudier la rature & la différence
des draperies plus commodément : il ell: d'un grand fe-
cours, fur-tout pour les commençans. On jette une étoffe
quelconque fur une figure inanimée , mais de grandeur
& de proportion naturelle , que Ton nomme mannequin ;
il nV a pas de Peintre ni de Deffinareur qui ne la con-
noilTe. On pofe cette figure dans l'attitude que l'on a
choifle : alors on en deffine la draperie telle qu'on la
voit : on peut l'imitera (on gré dans les plis, fes ombres,
fes lumières, & fes reflets , par la comparaifon que l'on
en fait. Il faut réitérer cette étude fur des étoffas diffé-
rentes, afin de s'habituer à les traiter différemment,
parce que les formes des draperies fe loutienncnt davan-
tage dans certaines étoffes, & (e rompent ou fe brifent
plus ou moins dans d'autres. On obfcrvera auffi que les
têtes des plis font plus ou moins pincées, & les reflets
plus ou moins clairs ; c'eflà toutes ces vérités bien rendues
que l'on connoît que les draperies ont été deffinées
d'après nature.
Le defîinateur ne doit pas ignorer la manière de dra-
per des anciens : il la connoitra en deffinant d'après les
antiques drapés; c'eft un ftyle particulier qui a de gran-
des beautés , & où l'on peut puifer les principes les plus
certains de l'art de draper. On en pourra faire l'applica-
tion en différentes occafions. Après une longue & péni-
ble étude d'après les deffeins , d'après la boiïe ou l'anti-
que , & d'après la nature même, fi l'on a du génie, on
paffera à la compofition.
De la compojinon. , & des différentes manières de deffiner.
Lorfque l'on compofe un fujet, on jette fa première
penfée fur le papier , afin de diftribuer Tes grouppes de
figures fur des plans qui puilfent produire un effet avan-
tageux, par de belles maffes de lumière & d'ombre : ce
deffein Te nomme croquis. C'eft en conféquence de
cette diftribution & de cette efpece de deffein prélimi-
naire que l'on connoit toutes les études de figures & de
draperies à faire pour que le deffein foit correft & fini.
On le fert de différens moyens pour deffiner : ils font
tous également bons quand ils rempliffent l'objet qu'on
s'ert propofé. On deffme avec la fanguine , avec la pierre
noire , avec la mine de plomb , à la plume , au lavis d'en-
cre de la Chine, &c. Pour ombrer fon deffein, on fe
Icrt ou du pinceau, ou de l'eftompc. On fait ainfi des
deffeins plus ou moins rendus, plus ou moins agréables,
lur les fonds qu'on croit les plus propres. Les paftels
même de différentes couleurs fervent à indiquer les tons
que l'on a remarqués dans la nature. Enfin , l'art de dcffi-
14 P R I N C I P
ner embralle une infinité de parties, telles que l'effet des
mufcles , la pondération des corps, la judelFe de l'ac-
tion, la proportion des parties , la pureté du trait, les
carafteres de têtes, la connoiiïance des antiques, l'ex-
prefTion des paffions, la variété des attitudes, la beauté
des grouppes , &c. qu'dferoit trop long de traiter ici , &
pour lefquellcs on peut avoir recours à la méthode pour
apprendre le dejjein , par Jomhert^ citée ci-defi'us , ou bien
aux Traités de peinture de Léonard de Vinci, Bernard
du Puy du Grez,dePiles,duFrenoy, WatîeletjDandré
Bardon , &c.
Il n'eft guère poffible de donner aux jeunes élevés des
exemples capables de les guider dans le talent de la com-
pofition: cet art dépend du génie du defîinatcur, & de
la nature des différens fujets qu'il Te propoCe de repré-
fenter. Cependant il faut convenir que la vue des ouvra-
ges des grands Maîtres peut leur échauffer l'imagination
& leur infpirer des idées heureufes. C'efl dans cette in-
tention qu'après les études de têtes , pieds, mains , & de
figures entières d'académies, que l'on a vu fur les qua-
rante-huit premières planches de ce recueil, nous avons
cru pouvoir offrir aux jeunes étudians,dans les quarante-
huit feuilles iuivantes, plufieurs exemples de compofi-
tions extrêm,ement variées fur toutes fortes de fujets; la
plus grande partie de ces feuilles contiennent des vignet-
tes , fleurons , &c. deffinés & gravés par le célèbre M.
Cochln, dont le mérite eft tellement connu que fonnom
feul fufîit pour exciter la curiofité des artifles & des ama-
teurs éclairés. 0\\ y a joint quelques produftions de plu-
fieurs autres artirtes en toutes fortes de genres , dont la
grande
DE DESSEIN. i^ '^
grande diveriité ne peut être que très-avantagcule pour
le progrès des études des jeunes dcffinatcurs. Les vingt
dernières feuilles de ce recueil font des vues & des
payfages de divers Auteurs, parmi Icfquels on peut citer
le tameux Van-Goyen , un des plus grands payiagsfles
que la Hollande ait produite. Ce volume cil "terminé
par douze très-beaux payfages de cet artifte célèbre ,
gravés par Jean VilTcher, qui feront d'autant plus utiles
que ce font des vues des plus beaux endroits des Pays-
Bas, deffinées d'après nature avec toute l'exaditude &
la précifion que l'on peut defirer.
De l'étude des animaux & du payfage.
L'art du deffein a pour but ordinairement d'imiter les
contours extérieurs , les formes & les proportions du
corps bumain; & c'eft en effet fon objet le plus noble &:
le plus difficile. D'ailleurs celui qui y réulîit fe trouve
avoir acquis une facilité extrême pour imiter les autres
produÛions de la nature , lefquellcs demandent cepen-
dant, chacune dans fon genre , une étude & une atten-
tion particulières.
L'étude des animaux doit être faite d'après nature
lorfqu'on veut les deffiner correûcmcnt & avec la grâce
& le cnra61:ere qui cft propre à chacun d'eux ; ce font des
êtres animés j fujets à diverfes paffions, & capables de
mouvemens variés à l'infini. Leurs parties différent des
nôtres dans les formes, dans les jointures, & dans les
emmanchemens. Il eft donc néceffaire qu'un Peint r:
d'hiiloire faffe des études, fur-tout d'après les animaux
d"
lé PRINCIPES
I
qui Te trouvent plus liés avec les a£hons ordinaires des
hommes, ou avec les fujets qu'il a le plus Couvent occa-
iion de traiter. Il n'y a rien de fi ordinaire pour les Pein-
tres d'hiftoire que la nécefîitë de repréfenter des che
vaux : on trouve cependant beaucoup à dcTirer fur ce
point dans les ouvrages des plus habiles; c'efl: pourquoi
il feroit à defirer que les jeunes artiftes apprilTent de
bonne heure à en bien, connoître l'anatomie. On peut
aufli confulter à ce fujet les deiî'eins des meilleurs Maî-
tres; mais (i Ton fe propole quelque fupériorité dans le
genre particulier des animaux , on ne doit rien faire que
d'après nature : elle feule peut conduire à une imitation
vraie , qui eft le but de fart. Tout ce qui eft fait de pra-
tique n'en impofe qu'au premier coup-d'œil ; & quel-
que agrément fédu-6îeur qu'il puiffe préfenter , fans la
vérité il ne peut fatisfaire le véritable connoiiTeur.
Le payfage fait encore une partie effentielle de l'art
de deffiner. La liberté que donnent fes formes indéter-
minées pourroit faire croire que l'étude de la nature
leroit moins néceflaire pour cette partie ; cependant il
ei\ fi facile de diftinguer dans un tableau un fite pris fur
la nature, de celui qui n'efi: compofé que d'imagination,
qu'on ne peut conteller le degré de perfcûion qu'ajoute
cette vérité qui fe fait fi bien fentir. D'ailleurs, quelque
fertile que foit l'imagination d'un artifl:e, il lui efi: bien
difficile de ne point fe répéter, s'il n'a recours à la na-
ture, qui efi: une fource inépuifable de variétés. Les dra-
peries, les fleurs, les fruits , tout enfin doit être defiiné,
autant qu'il cft pofilble, fur le naturel.
Enfin l'art confifte à voir la nature telle qu'elle efi:, &
DE DESSEIN. 27
à ientir les beautés. Lorfqu'on les lent , on peut bien les
rendre , & l'on polTede alors ce qu'on appelle la bonne
manière : expreÔion qui luppofe toujours la plus fcrupu-
leuTe imitation. Mais ce n'eft que par le zèle le plus ar-
dent , rériide la plus iaborieufe, &rex})érience ia pîus
confommce que l'on parvient à ce but. La rccompenfe
efl: entre les mains de l'artifte : il cultive fon propre héri-
tage , il arrofe les propres lauriers : les fleurs & les fruits
qui naîtront de ce travail le conduiront au temple de
l'immortalité , que l'envie même lera forcé de lui ouvrir.
On le fert quelquefois de la chambre obfcure pour
dcfliner des payfages, des ruines d'anciens édifices 3 ou
les vues perfpe£lives. Cet instrument a l'avantage de re-
préfenter les objets tels qu'ils font dans la nature; de
manière que ceux mêmes qui ne favent point defliner ,
peuvent facilement repréfenter tout ce qu'ils veulent
très-corre£l:ement. Cependant lorfqu'on pofîede le def-
fem, on ne doit pomt abufer de la facilité que procure
cet indrument, en ce qu'il refroidiroit le goût, & que
c:tte habitude arrcteroitinfenfiblement les progrès qu'on
pourroit fiiire dans l'art du deffein. On peut voir la def-
cription de cette chambre obfcure à la fin de notre Mé-
thode pour apprendre le defjein y édition de 1755.
Les préceptes & les réflexions judicieufes contenus
dans cet Abrégé de principes fur le defl'ein font tirés ,
pour la plupart, d'un dilcoursplacé à la tête des planches
lur le dcflein , dans le trolflemc volume du recueil de
planches fur les fcienccs & fur les arts, faifant partie du
grand Dictionnaire encyclopédique. Comme ce difcours
lur le defliîin fe trouve mêlé avec une infinité d'autres
Bsaetfssimsssa
18 PRINCIPES DE DESSEIN.
fur les difFerens arts & métiers , dans une fuite de vingt-
huit volumes in folio, dont le prix eft devenu excefîive-
ment cher, nous croyons rendre un fervice effentiel aux
jeunes artiiies en leur offrant ici un extrait de ce qu'il y
a de plus intéreiTant dans cet excellent difcours , appli-
qué aux eftampes qui forment notre recueil, & débar-
rafle de tout ce qui pourroit être étranger à notre fujet.
Pour rendre à fon Auteur ( dont nous ignorons le nom )
la juftice qui lui efl: due , nous reconnoiflbns ici publi-
quement que tout ce qu'il y a de bon dans ce qui pré-
cède efl tiré de cette explication des planches de l'En-
cyclopédie , à laquelle nous avons fait les changemens
& les additions que nous avons jugées néceffaires.
FIN.
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[RELIURE AUX ARMES.] RUBENS Pierre-Paul. • Théorie de la figure
humaine, considérée dans ses principes, soit en repos ou en mouvement.
Ouvrage traduit du latin de Pierre-Paul-RUBENS, avec XLIV planches gra-
vées par Pierre Aveline, d'après les dessins de ce célèbre artiste. [Avec] :
Suite de la Théorie de la figure humaine. Seconde partie, contenant les
Principes de dessein, appliqués à la pratique. Où l'on trouve quantité
d'exemples de toutes les parties du corps humain, plusieurs figures
d'Académies, différons sujets très-variés , propres à former le goût, & divers
paysages : le tout d'après les meilleurs Maîtres de l'Ecole Françoise mo-
derne. • Paris, chez Charles-Antoine Jombert, 1773. Deux parties en un
volume in-4, plein veau de l'époque, dos à cinq nerfs, cloisonné et fleu-
ronné, pièce de titre rouge, trois filets sur les plats, armes dorées au centre,
tranches dorées, Vlli-55-[1]-28 pages, vignettes gravées aux titres, un por-
trait-frontispice pour la première partie et un titre-frontispice pour la se-
conde, 44 + 96 planches gravées. Texte encadré d'un filet typographique
double. Ex-libris doré sur cuir en bordure des contreplats : A monsieur
Nervet. (Reliure restaurée, mouillure marginale en pied de page.)
Seules les planches de la première partie sont gravées d'après les dessin.s de
RuBENS. La seconde partie, compte 96 planches portant plus de 140 sujets, gravés
par HUQUIER d'après Dandré-Bardon, Boucher, Natoire, Collin de
VERMONT, VaNLO. etc. BRUNET IV, 1442. COHEN, 915-916. First proofs of
Universal Catalogue of Buuks on Art, II, 1788.
Exemplaire aux armes du Chancelier de Maupeou. René-Nicolas-Charles-
Augustin de Maupeou (1714-1792), premier président du Parlement en octobre
1763, il fut nommé chancelier et garde des sceaux en septembre 1768, sur la dé-
mission de son père. En 1771 . il e xila le parlement de Paris et le remplaça par un
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chancelier de France. Ohr 2243, variante du fer 2.
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Bibliographie Record #6150497 10/31/2008 2:27:02 PM
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20080929131409.0
080929-1773- -fr fré-
ta Rubens, Peter Paul, te Sir, td 1577-1640.
ta Théorie de la figure humaine : tb considérée dans ses phncipes, soit
en repos ou en mouvement / te ouvrage traduit du Latin de Pierre-Paul
Rubens, avec XLIV planches gravées par Pierre Aveline, d'après les
desseins de ce célèbre artiste.
260 ta Paris : tb Chez Charles-Antoine Jombert, père ..., te 1773.
700 ta Aveline, Pierre-Alexandre, td ca. 1710-1760
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852 tb yrspback tx purchase, Librairie PICARD, 2008 ; paid on Betty
Rosenberg fund ; given to Jain Fletcher for cat. (10/31/2008)
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